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Innovation pédagogique : les concepts tendances à connaître

innovation_pedagogique_2L’innovation pédagogique est tendance. Même le gouvernement s’en est emparé et a lancé à grand renfort médiatique son portail F.U.N. Rien d’amusant, derrière ce portail, mais les premiers MOOC français. MOOC, c’est l’acronyme qu’il faut connaître en 2013. Mais attention ! il y a bien d’autres concepts à maîtriser. Revue de détail.

MOOC, c’est presque déjà dépassé

Au concours du concept qui a fait le plus de bruit médiatique, le MOOC est certainement le grand gagnant en  2013. Il arrive tout auréolé des plus grandes universités américaines. Le gouvernement en a donc fait un axe majeur de sa politique : les universités devraient y passer à marche forcée (on en reparle dans 10 ans !). Le MOOC est certainement un phénomène de mode comme le fut à la fin des années 1990 le E-Learning. On va en parler beaucoup plus qu’on ne va en faire. Puis, on va ringardiser le concept. Et il ressortira enfin pour se généraliser sous une autre forme (ce qui est aujourd’hui le cas pour le E-Learning avec le Rapid E-Learning).

Le MOOC porte en lui un concept prometteur : la pédagogie inversée ou flipped classroom. L’idée est simple : les apprenants découvrent les notions par eux-mêmes (via du E-Learning par exemple), préparent des questions, font des recherches… puis viennent en formation présentielle pour s’entraîner, comprendre les notions complexes…Bref, bénéficier de la médiation du formateur. Ce schéma rend la formation réellement active.

S’il y a une idée à retenir des MOOC pour la formation en entreprise, c’est donc ce principe de pédagogie inversée. Pour le reste : l’aspect massif, totalement on line, connectiviste… les opportunités existent, mais l’entreprise lui préférera certainement le SPOC. Le SPOC, c’est le MOOC version “petites classes“. C’est le TD ou TP alors que le MOOC est un peu le cours magistral en amphi. Pensez SPOC, vous verrez ce sera mieux adapté à vos problématiques de formation en entreprise (pour en savoir plus sur SPOC vs MOOC, cliquez ici).

Crowd Learning : le cadre réglementaire devra suivre

Le Crowd Learning vous n’en avez peut être pas encore attendu parlé. C’est littéralement, apprendre par la foule. En fait quand on y regarde de plus près, le Crowd Learning est la version moderne de l’autodidaxie. C’est apprendre par soi-même en fonction de ses propres objectifs d’apprentissage sur la toile. C’est en quelque sorte une “E-Autodidaxie“. Le Crowd Learning ou l’E-Autodidaxie offre des opportunités formidables. Elles invitent à repenser la posture du salarié à l’égard de la formation : d’agent passif à apprenant stratège. Mais le Crowd learning ne se développera qu’à condition d’un cadre réglementaire incitatif. Le salarié naturellement acteur de sa formation, n’est qu’une douce illusion. Le DIF en a bien fait la preuve. Le salarié ne se forme qu’à condition de trouver un intérêt exogène à la formation (reconnaissance salariale, réinsertion professionnelle, diplôme permettant de sécuriser son parcours…). Le nouveau cadre réglementaire pourrait en France favoriser l’émergence du Crowd Learning. A suivre.

Le peer to peer training ou apprentissage en réseaux

Autre tendance proche du Crowd Learning : le peer to peer training. C’est l’apprentissage entre pairs. On l’appelle aussi co-coaching pour des groupes de managers ou social learning (encore que ce terme peut préter à confusion avec l’apprentissage social de Bandura). Il peut être totalement informel (participation à des forums, à des groupes privés Linkedin ou Facebook…). Il peut être aussi encadré (atelier de co-développement, animation de communautés virtuelles à la suite de parcours de formation présentielles ou virtuelles (ex. MOOC connectiviste).

Le peer to peer training repose sur la même représentation de l’apprenant que le Crowd Learning. Le salarié est acteur de sa formation, il est prêt à se former par lui-même ou avec ses pairs. Or, l’investissement dans cette formation informelle ou faiblement encadrée reste l’apanache de quelques salariés ayant développé des capacités d’apprenance fortes. Certains les ont acquises à l’école, d’autres les ignorent. C’est pourquoi la première des formations à réaliser devient aujourd’hui : la formation apprendre à apprendre. Mais cette formation ne doit pas se limiter à savoir utiliser Internet pour apprendre. L’apprentissage P2P, c’est aussi apprendre de son voisin de bureau, de son collègue à l’autre bout du monde… Les relations professionnelles au sein d’un collectif de travail (équipe, relations clients – fournisseurs…) restent encore un gisement de formation beaucoup trop inexploité. Charge aux managers de le favoriser en développant des démarches d’équipe apprenante.

Le gaming… plutôt que le serious games

Toutes ces pratiques de Crowd Learning, P2P Training restent encore des approches où l’apprenant doit fournir un effort pour se former. Apprendre, c’est souffrir ! Le Gaming s’inscrit à contre courant. Inspiré des jeux vidéos, l’idée pédagogique repose sur l’émulation et la compétition. On apprend en relevant des défis. La formation, c’est Mario Kart ! (espérons qu’elle ne se transforme pas en GTA V…).

Le gaming en formation ne date pas d’aujourd’hui. Les expériences de Serious games ou jeux sérieux se sont multipliées ces dernières années. Mais reconnaissons que le succès n’a pas été, une fois encore, à la hauteur des annonces. Le Serious games, c’est avant tout une “serious facture“. Peu d’entreprises, on pu investir suffisamment pour faire des jeux formatifs à la hauteur des super productions des jeux vidéos actuels. Le résultat est souvent décevant et les apprenants ne comprennent pas pourquoi les univers créés sont aussi – osons le dire – “ringard“.

Le gaming ne se résume pas au Serious Games et aux jeux vidéos. Le gaming, c’est davantage une posture pédagogique. Le jeu, l’émualtion, la compétition peuvent irriguer tout type de format pédagogique. Le présentiel évidemment, mais également l’animation de communautés virtuelles. On peut faire des concours de quiz, des résolutions d’énigmes pédagogiques, des concours du meilleur projet pédagogique, des chasses aux trésors sur Internet…

Préférez le Badge au diplôme

On l’a vu précédemment, la reconnaissance de la formation devient cruciale pour le développement des nouvelles approches pédagogiques. Car ces approches, font la part belle à un apprenant autonome, capable d’aller lui-même chercher son savoir et de s’auto-motiver.

Le diplôme reste l’une des plus grandes motivations pour un apprenant. Malheureusement, la formation diplomante reste beaucoup trop longue, trop lourde. La VAE, introduite en janvier 2002, a généré beaucoup d’espoirs, vite déçus. Les procédures sont beaucoup trop lourdes et complexes. Les salariés ont du mal à passer des dizaines d’heures (quand ce n’est pas une belle centaine),  à faire la preuve de leurs compétences.

Heureusement, les universités américaines (encore elles) ont pensé à ce problème. Et elles sont en train de populariser le système de Badge. Le Badge, repose sur le principe de collection. Chaque fois que j’apprends sur un MOOC, dans mon entreprise à travers mon expérience, en formation continue… je peux obtenir un badge. Ce badge est évidemment électronique et je peux le mettre sur mon CV électronique (sur ma page Facebook ou Linkedin par exemple). Le badge, ce n’est donc pas tout à fait un diplôme, mais c’est une reconnaissance partielle.

Le principe de badge est très séduisant. Il pourrait être un outil incontournable pour la mise en oeuvre de la réforme de la formation 2014. Cette dernière va valoriser les formations qualifiantes mais le système de formation ne pourra les financer qu’à travers le CPF bloqué à 120 heures. Le Badge pourra permettre d’acquérir des bouts de diplôme tout au long de sa carrière. Reste à trouver la solution à la question de la validation et de la délivrance des badges.

Formation augmentée… le digital est partout

Et la bonne veille formation présentielle dans tout ça ! Au pilori ? On n’en parle plus ? Hop ! hop ! hop ! Pas si vite, la formation présentielle, elle aussi, peut se moderniser, se digitaliser. Et elle a même ses propres concepts venus d’outre atlantique mais cette fois-ci via nos cousins canadiens (“salle d’apprentissage actif“). Les Etats-Unis ne sont pas en reste : Microsoft parle de “classe immersive“ et fait des démos à deux pas de Paris. Et certains osent faire le rapprochement avec les Google Glass et parlent de “formation augmentée“.

Un point commun à toutes ces approches : le digital pénètre dans la salle de formation. Les diaporamas PowerPoint ou Keynote sont à ranger dans les oubliettes de l’histoire pédagogique. La salle de formation se digitalise. On y vote sur son smartphone, on y apprend avec des tablettes normales ou géantes, on y produit des connaissances sur des tableaux interactifs, on y communique avec le monde entier via des classes virtuelles… La salle de formation retrouve ainsi tout son intérêt. Elle est le lieu où les interactions pédagogiques sont les plus riches. Et se digitalisant, elle permet la mise oeuvre de pédagogies réellement actives et non pas seulement interrogatives.

Et aussi… L’apprentissage unifié, le learning analytics, le geo-learning…

Voilà donc pour les concepts essentiels, mais il y en aurait encore bien d’autres à citer. L’étude de l’open university britanique à recensé notamment l’apprentissage unifié (apprendre sur n’importe quel device), le learning analytics (analyse des comportements des apprenants sur Internet et apports de contenus poussés en fonction des informations recueillis à la façon du marketing Internet) et le geo-learning (en fonction de son positionnement, on reçoit les informations permettant de résoudre les problèmes rencontrés – très pertinent pour les techniciens de maintenance ou toute personne intervenant sur des machines).

A travers ces derniers concepts, on se croirait presque dans un film de science-fiction. Mais les technologies progressent de plus en plus vite. Plus vite certainement que le corps social… Affaire à suivre donc pour déterminer ce qu’il restera de tout ça dans 10 ans.

Pour aller plus loin…

Etude de l’open university britanique sur les 10 tendances pédagogiques de l’année 2013 – cliquez ici.

Et notre topic “Pédagogie et Innovation pédagogique“ sous Scoop It – cliquez ici.

Marc Dennery

Marc Dennery

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