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Neurolearning : les neurosciences au service de la formation

Les neurosciences appliquées à la pédagogie font le buzz ! Les articles se multiplient, les conférences et séminaires se succèdent sans relâche. Les vidéos YouTube ne se comptent plus… Cette profusion de sources d’information peut paraître suspecte. Cela sent l’effet de mode. Et les marketeurs s’en emparent pour renforcer leurs argumentaires produits, que ce soit pour vendre une plateforme de E-Learning ou un casque de réalité virtuelle !

Alors, depuis quelques mois, on s’est renseigné. On a visionné les vidéos de Stanislas Dehaene, on a lu quelques livres qui ne nous ont pas forcément convaincu et dont on taira les intitulés par courtoisie à l’égard de leurs auteurs. Mais récemment, Philippe Lacroix, co-fondateur du Cabinet IL&DI a eu l’amabilité de nous adresser son dernier ouvrage co-écrit avec Philippe Gil et le docteur Nadia Medjad, dont le titre est celui de notre article (qu’ils ne nous en veuillent pas pour l’avoir repris !).

Un livre à conseiller à tout formateur

Et nous avons voulu en parler dans notre blog, car nous avons trouvé à travers ce livre une excellente entrée en matière pour les formateurs que nous sommes dans cette discipline quelque peu obscure.

Réalisé à 6 mains, il reste très pratique tout en reposant sur des concepts et approche bien structurés et expliqués. Les deux Philippe (Gil et Lacroix) trainent leurs guêtres dans le milieu de la formation depuis des années et cela se sent. Leur ouvrage est très pédagogique (chaque chapitre s’ouvre par des objectifs de lecture très clairs), et accessible. Surtout, ils ont su traduire pour le commun des formateurs ce que les neurosciences pouvaient leur apporter.

Ils nous rappellent ainsi quelques évidences toujours bonnes à avoir à l’esprit par ces temps digitaux comme :

  • « L’attention est un goulot d’étranglement »
  • « Plus on a de connaissance, plus on apprend facilement » et « les connaissances antérieures comptent davantage que le QI ».
  • « Comprendre une information, c’est lui donner du sens par rapport à ce que l’on sait déjà »
  • L’attention du débutant sollicite fortement sa mémoire de travail et il fatigue vite. A contrario, l’expert sollicite davantage sa mémoire procédurale, c’est-à-dire celle de ses automatismes car il a ancré au fil des répétitions les réponses automatisées aux sollicitations de son environnement. Il agit en « pilote automatique ».
  • L’expert manipule ce que l’on appelle des « chunks » lourds, c’est-à-dire des regroupements de connaissances importants en blocs ou « gros morceaux ». L’avantage d’un expert est d’être capable de mémoriser une somme très importante de savoirs en quelques blocs de connaissances.
  • Un certain niveau de stress est favorable au fonctionnement cognitif, les effets s’inversent au-delà d’un certain niveau »
  • Le sommeil, l’exercice physique et une bonne nutrition renforcent indirectement l’apprentissage
  • Le cadre joue un rôle central dans l’apprentissage : apprendre au calme, à la lumière du jour, sans lumière bleue le soir, en silence, et station debout semblent favoriser l’apprentissage.
  • Etc.

Neurosciences vs psychologie cognitive et sciences de l’éducation

En refermant le livre, et après avoir noté une longue liste de conseils utiles pour nous-mêmes et les formateurs que nous formons, une question nous a traversé l’esprit. In fine, qu’apportent réellement les neurosciences par rapport à ce que nous ont enseigné les sciences de l’éducation et plus particulièrement la psychologie cognitive ?

Cela relève-t-il de la confirmation ou du changement de paradigme ? Sans tomber dans le débat d’expert, nous avons le sentiment que cette « nouvelle » discipline nous apporte plus de justification que de révélation. Nous savons aujourd’hui, grâce aux neurosciences comment notre cerveau réagit, mais ne le savions-nous pas déjà grâce aux analyses des comportements des apprenants ? Nous savons pourquoi il faut comprendre avant d’apprendre par coeur, par exemple. Mais nous le supposions déjà. Il ne semble pas à première vue, que des travaux comme ceux de Michel Lieury soient profondément remis en cause. Bref, les neurosciences sont loin d’être sans intérêt pour le formateur, mais attention à l’effet de mode qui a toujours tendance à ringardiser les courants précédents alors que cela n’est ni nécessaire, ni souhaité par les chercheurs ayant produit les travaux originels.

Il n’en reste pas moins que nous vous conseillons le livre de Philippe Gil, Philippe Lacroix et Nadia Medjad, car il est une excellente synthèse de ce qu’il faut savoir sur les processus d’apprentissage avant de former. Que cela trouve son origine dans les neurosciences ne retire rien à l’affaire, bien au contraire !

 

 

 

Marc Dennery

Marc Dennery

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