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AFEST et insertion : vers l’emploi durable ?

Dans cette 1ère partie de l’interview croisée de P. Gahéry, DG de Espace Propreté et G. Malinowski, Co-Gérant de l’OF Forma-Pro, nous abordons la question de l’AFEST comme solution d’insertion durable dans l’emploi (et non ponctuelle).Chez C-Campus, nous n’avons jamais considéré l’AFEST comme un “gadget” ou un “effet de mode”.
Or l’expérience menée depuis 3 ans par notre client Espace Propreté tend à démontrer que cette modalité construit bien chez les apprenants bénéficiaires, des compétences pérennes, favorisant leur retour à l’emploi durable. A condition de s’inscrire dans une démarche multi-modale exigeante et rigoureuse.

L’AFEST est une solution formative pertinente pour des personnes éloignées de l’emploi !

Pascal GAHERY

Pascal Gahéry dirige un réseau d’entreprises à missions du secteur de la propreté dans la région du Mans. Sa structureEspace Propreté  accueille des personnes en réorientation professionnelle profonde ainsi que des migrants « primo-accédant » (en moyenne 50 ETP par an). La vocation de l’entreprise est de permettre à ces personnes d’accéder à l’emploi durable dans les entreprises du secteur, après leur passage chez Espace Propreté. La structure a également souhaité permettre à ses salariés en insertion, d’obtenir un CQP de la branche Propreté. L’employeur s’est associé pour cela à l’organisme de formation Forma-Pro (10 permanents – 25 formateurs – près de 2500 stagiaires formés chaque année).

Les deux parties prenantes sont persuadées de l’intérêt de la modalité AFEST au cœur du dispositif multi-modal visant un CQP. Après un accompagnement par C-Campus, ils ont imaginé et décliné un parcours de formation original en « blended learning hybride » (nous y revenons dans le cœur de l’interview).

Pourquoi faire l’AFEST dans une PME comme Espace Propreté ?

Henri Occre : Pascal Gahéry, pourquoi (pour quelles compétences) et pour quoi faire (finalités opérationnelles) avez-vous décidé depuis 3 ans de mobiliser l’AFEST dans vos pratiques formatives ?

Pascal Gahéry : Lorsque je suis arrivé en 2018 comme Directeur chez Espace Propreté, j’ai trouvé une structure fonctionnant bien avec des résultats économiques satisfaisants. Pour autant mon ambition était à la fois de faire progresser la qualité des prestations rendues à nos clients et d’améliorer également nos résultats en termes de taux de retour à l’emploi durable pour nos salariés en insertion. C’est notre vocation et statut d’entreprise à missions. De là j’en ai conclu que nous devions faire entrer la formation dans nos « processus de production » de prestations. La formation n’est pas une fin en soi, elle se met au service d’une production. En revanche elle tient compte du niveau de chaque salarié apprenant : pur débutant – personne ayant déjà quelques compétences fondamentales – personne expérimentée se rapprochant du profil exigé par les entreprises de propreté classiques. Nous avons donc imaginé « trois cycles » sur 2 ans.

HO : vous décrivez quelque chose qui ressemble aux actions de formation en situation de travail, visant nécessairement un objectif professionnel…

PG : Absolument, même si je n’ai découvert le concept d’AFEST qu’à l’occasion de la réforme de la formation de septembre 2018. En fait notre pari d’entreprise école repose sur le postulat suivant :
– en mettant les bonnes personnes aux bons endroits et dans la bonne « production »,
– en les formant grâce aux situations de production,
On obtient une bien meilleure probabilité de réussite du salarié apprenant, tout en satisfaisant mieux notre client en termes de prestations.

Le succès de l’AFEST consolide aussi le modèle économique !

HO : Pourquoi est-ce aussi important de former pour satisfaire votre client ?

PG : Parce que le succès de l’AFEST consolide aussi mon modèle économique : si la prestation réalisée par mon salarié apprenant, davantage compétent, est de meilleure qualité, alors mon client est satisfait et je n’ai pas besoin de prévoir une ré-intervention, qui nous coûte de l’argent.

HO : Pourquoi avoir saisi l’opportunité AFEST dès la fin 2018 ?

PG : Quand la loi a reconnu l’AFEST en 2018, ça a été une belle surprise car cette modalité mettait en mots et en méthodes pédagogiques ce que j’avais imaginé : comment explorer des situations de production comme des situations d’apprentissages !
J’ai compris avec C-Campus en quoi le développement de l’apprenance est déterminant, notamment pour des publics aux savoirs de base fragiles ou manifestant des difficultés dans la maîtrise du français. Nous avons donc décidé de nous faire accompagner par C-Campus, à la fois en termes de conseil et d’ingénierie expérimentale AFEST. Par exemple, dans l’induction et l’expérimentation d’outils et méthodes pédagogiques adaptés aux populations que nous accueillons comme salariés en insertion.

Le droit à l’erreur inhérent à l’AFEST, n’est pas évident à appréhender pour un dirigeant…

HO : Qu’est-ce qui vous a marqué dans l’AFEST, par rapport à la représentation que vous en aviez ?

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PG : D’abord le droit à l’erreur. Droit qui n’est pas simple à appréhender pour moi en tant que dirigeant mais aussi pour mes encadrants, qui ne sont d’ailleurs pas toujours en réussite eux-mêmes. Pouvoir « faire des bêtises » ce n’est pas fondamentalement ce qu’un employeur reconnait à ses salariés en production et cela peut faire peur. Il faut un travail et un accompagnement dans la durée pour que ce « droit à l’erreur » soit dosé, pertinent et pédagogiquement utile.
Ensuite le temps réflexif de nos apprenants : comme il se réalise chez les clients (où nos salariés interviennent) dans le cadre d’une prestation facturée, parfois à la vue même du client, il faut prendre le temps d’expliquer à ces clients que ce temps réflexif est un acte de formation. Les rassurer sur le fait qu’il ne viendra pas dégrader ni gêner la prestation, bien au contraire.

Comme prestataire de services B to B, nous devons présenter l’AFEST à nos clients !

HO : Justement Pascal mais aussi Gaël, comment faire pour expliquer et valoriser l’AFEST de ses salariés intervenant auprès d’un client externe ?

PG :  J’essaie de prendre le temps d’expliquer à nos clients, même si ça n’est pas toujours évident face à des demandes d’interventions urgentes, que l’apprentissage d’un métier requiert des moments privilégiés. Notamment pour que nos salariés en insertion développent ce qu’on appelle en AFEST la « pratique réflexive ». Comme ces temps d’apprentissage sont encadrés par un tuteur, cela garantit en plus au client une qualité finale de prestations. Ces temps réflexifs sont clairement séparés des temps de production, comme l’exige la loi. Ils ne sont évidemment donc pas facturés aux clients. D’où je pense, l’importance pour les PME comme la nôtre, de pouvoir bénéficier de cofinancements de la formation, notamment sur la séquence réflexive.

Gaël Malinowski

Gaël Malinowski : Pour compléter, je trouve comme Pascal Gahéry, qu’il faut jouer la franchise auprès des clients. Espace Propreté est une entreprise école, qui utilise les situations de travail pour former ses salariés en insertion, encadrés par des tuteurs. Si c’est dit, les clients ne sont pas surpris et ne se demandent pas s’ils sont en train de payer des heures de prestations pour rien. En plus l’AFEST est une nouvelle démarche de formation et l’expliquer à ses clients peut être valorisant.

L’AFEST est-elle une forme d’amélioration continue ?

HO : Dans l’industrie, on dit souvent que l’AFEST, c’est une autre manière de pratiquer l’amélioration continue. Diriez-vous la même chose comme prestataire de services aux entreprises ?

PG : Le point clé est plutôt de montrer au client que l’AFEST va lui amener un niveau homogène de prestations, quel que soit le salarié d’Espace Propreté qui intervient chez lui. En effet en tant qu’entreprise à missions, nous gérons quotidiennement deux problématiques, que nos clients connaissent bien d’ailleurs : d’une part un turnover structurel : nos salariés en insertion ne sont pas destinés à rester chez nous mais au contraire à intégrer un emploi durable en entreprise classique. D’autre part des niveaux très hétérogènes à l’arrivée dans le métier. Grâce à l’AFEST nous visons des salariés opérationnels rapidement et si possible avec la même qualité dans l’exécution du travail.

Nos partenaires ont vu l’effet de la formation avec AFEST sur le taux d’insertion : de 50 à 83%

HO : Des partenaires ont été intéressés par la démarche AFEST innovante mise en œuvre avec l’appui de C-Campus depuis 3 ans, lesquels ?

PG : D’abord les institutionnels. Intéressés bien entendu par l’expérimentation AFEST encadrée par C-Campus mais aussi par ses résultats concrets : à savoir combien de personnes insérées dans l’emploi durable au terme de leur contrat chez Espace Propreté. Quand ils ont vu que nous passions de 50 à 83% d’insertion, ils en ont mesuré pleinement l’impact et l’effet AFEST !  Ensuite est venu le temps de la promotion de ce que nous avions fait. Désormais nous intervenons régulièrement en témoignages pour notre OPCO AKTO, auprès des entreprises. Nous sommes aussi sollicités par l’ARACT. Nos clients sont promoteurs de notre concept d’entreprise école AFEST.  Là aussi soyons clairs : ils sont davantage intéressés par le résultat concret en termes de qualité de prestation, que par la démarche pédagogique mise en œuvre. Il reste un défi : sécuriser l’équilibre économique du modèle AFEST. Pour cela nous avons vraiment besoin du soutien financier public / OPCO pour réaliser des AFEST de qualité.

Vous vous demandez si l’AFEST est faite pour vous ? Contactez-nous ! C-Campus peut vous accompagner : du conseil aux outils, en passant par la formation de référents certifiés et d’accompagnateurs AFEST : contact@c-campus.fr

Le choix d’un modèle hybride : organisme de formation externe + référente AFEST interne

HO :  Pourquoi d’ailleurs ce choix de former et certifier une référente AFEST interne avec C-Campus ?

PG :  Déjà car cela correspond à notre vocation même d’entreprise école. Ensuite nous avons voulu internaliser cette compétence d’ingénierie AFEST car sur le conseil de C-Campus, nous nous sommes lancés sur un dispositif assez innovant :

  • Blended Learning : l’AFEST est articulée avec de la formation classique présentielle et un peu de digital learning
  • Hybride entre la formation externe, à savoir celle dispensée par l’organisme Forma-Pro, garant de la pédagogie globale dans le parcours et préparateur au CQP de branche, et la formation interne, dans la mesure où ce sont bien les tuteurs Espace Propreté qui accompagnent les salariés en AFEST, sous la gouvernance de notre référente AFEST interne.

HO : Qu’amène Forma-Pro, au-delà de son professionnalisme en matière de formation ?

PG : Un cadre global de bienveillance à nos apprenants. Je n’ai aucun doute sur les capacités métiers et techniques des encadrants d’Espace Propreté. Mais je connais aussi leurs exigences opérationnelles élevées, d’autant que nous sommes souvent contraints par des problématiques de planning et d’interventions urgentes chez nos clients. Alors le fait d’avoir des professionnels de la formation à nos côtés, c’est la garantie de former nos salariés avec bienveillance et sans trop céder à la pression. Par ailleurs une relation affective se crée parfois entre nos permanents et nos salariés en insertion. Là aussi le formateur externe remet de la bienveillance.

GM : L’entreprise en désignant une référente AFEST interne certifiée nous amène également une garantie de sérieux à nous OF. En effet, c’est nous qui portons la responsabilité juridique du parcours préparant au CQP, comprenant donc une forte proportion d’AFEST. Les intervenants AFEST chez Espace Propreté doivent donc être à la hauteur. Leur référente certifiée et porteuse du projet AFEST nous rassure tous : Forma-Pro, Espace Propreté mais aussi l’OPCO financeur ! Pour le dire franchement : si nous n’avions pas eu cette garantie en tant qu’OF, nous ne serions pas partis dans cette direction-là ! D’ailleurs je conseille systématiquement à mes clients se lançant dans la multi modalité avec AFEST, de former et certifier un référent AFEST interne.

HO : En quoi est-ce intéressant pour vous, de collaborer avec un référent AFEST interne ?

GM : C’est la possibilité d’échanger avec quelqu’un qui a une culture et des méthodes pédagogiques. On se comprend mieux, c’est sécurisant pour notre collaboration. On évite la dispersion et aussi de tomber dans le “n’importe-quoi” en matière d’AFEST. Si on veut bien faire les choses en tant qu’OF, ce partenaire interne, le référent AFEST, est indispensable.

Dans la seconde partie de cet interview (à paraître le mois prochain), nous verrons en quoi l’AFEST peut contribuer à l’émergence concrète de l’équipe apprenante, notamment dans les PME !

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