Le blog de C-Campus

Transmission ou facilitation : quelle posture de formateur adopter ?

On nous rebat les oreilles sur la question de l’évolution de la posture du formateur ! À longueur de posts LinkedIn, de conférences ou de webinaires, on nous assène que le formateur ne doit plus être un transmetteur de savoir mais un “facilitateur d’apprentissage”.

Nous-mêmes avons écrit – cliquez ici – et même podcasté sur le sujet – cliquez-là. Et pour le dire franchement, nous sommes convaincus qu’un formateur d’adultes doit privilégier une posture de facilitateur plutôt que de simple “transmetteur de savoir”. Mais “privilégier” ne signifie pas pratiquer exclusivement. Il doit rester encore des temps dans un parcours d’apprentissage où le formateur transmet du savoir, l’apprenant ne pouvant pas toujours le découvrir seul (ou s’il le peut, c’est au prix d’effort et de temps perdus inutilement).

Confrontés régulièrement à la question de la bonne posture à adopter en tant que formateur, nous avons élaboré une matrice de questionnement pour nous guider dans nos choix. Ainsi, nous pouvons mieux répondre à la question, souvent cornélienne : dois-je adopter une posture de facilitateur ou de transmetteur ?

C’est cette matrice d’aide au choix de la bonne posture du formateur, que nous vous partageons dans cet article.

3 questions partant du triangle pédagogique de Jean Houssaye

Jean Houssaye a modélisé la relation pédagogique à travers ce qu’il a nommé le triangle pédagogique. Nous reprenons à notre compte ce triangle CONTENU – FORMATEUR – APPRENANT pour nous poser les 3 premières questions pour choisir entre transmission et facilitation.

1- Le contenu de formation est-il accessible ?

La question du contenu est essentielle, lorsqu’on s’interroge sur la posture que l’on doit adopter.

  • Le contenu de formation est-il disponible ? L’apprenant peut-il y accéder facilement ? Autrement dit, a-t-il été à un moment donné explicité, formalisé, enregistré ou est-il encore au stade de l’implicite dans “la tête et les mains” des experts ?

Si le savoir sur lequel repose l’acte de formation est déjà formalisé, on aura tendance à privilégier la posture de facilitateur. L’apprenant aura accès aux bases de connaissances (avec l’IA, c’est devenu un jeu d’enfant !) et il attendra du formateur bien autre chose, qu’une transmission de savoir.

A contrario, si le savoir reste diffus, tacite, implicite, perdu dans les limbes de l’organisation, le formateur-sachant qui rassemble et maîtrise ce savoir devient une ressource rare pour l’apprenant. Et pourquoi alors se priver pendant le temps de la formation, de bénéficier d’un transfert de ce savoir du sachant au non sachant ?

2- Quel est le profil du formateur ?

Se pose alors une question évidente, mais qu’on oublie trop souvent de se poser quand on parle de pédagogie :

  • Quel est le profil du formateur ?

Plaquant le modèle de l’éducation initiale au système de formation professionnelle continue, on pose comme évidence que le formateur, sorte d’enseignant d’adultes, est un expert du domaine. La réalité est moins simple que cela. En formation en entreprise, on rencontre tous les types de formateurs : des plus “experts” aux plus “pédagos” ?

Mêmes les formateurs occasionnels qui ont la charge de transmettre du savoir interne, ne sont pas toujours des “experts” du domaine. Ils le connaissent bien, ils pratiquent bien, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont pris le temps de l’expliciter clairement, de le formaliser, d’en avoir une maîtrise approfondie.

Alors plutôt que de faire comme si de rien n’était, le formateur qui cherche à définir sa posture doit s’interroger d’abord sur qui il est et qui il veut être, avant de se dire ce qu’il doit faire. Est-il un expert ou seulement un bon professionnel ? Est-il plutôt un pédagogue qui cherche à aider ou accompagner ou plutôt le “référent” du domaine qui a un savoir large à partager ?

C’est évident que s’il répond en privilégiant l’expertise et le savoir à partager, il inclinera davantage vers la transmission. À l’inverse, si son identité professionnelle tourne autour du rôle de “pédagogue”, il privilégiera la facilitation. Et s’il est les deux à la fois, son profil lui permettra de s’adapter de manière flexible aux situations de formation qu’il rencontrera. Mais reconnaissons que ce dernier profil est loin d’être courant parmi les formateurs d’adultes, notamment chez les formateurs occasionnels en entreprise.

Nous formons chez C-Campus plus de 2.000 formateurs et tuteurs par an. Et dans nos formations très méthodologiques et pratico-pratiques, nous aimons souvent prendre un peu de hauteur et interpeler nos “apprentis-formateurs” en leur posant la question : “qui vous êtes quand vous entrez dans la salle de formation ?” Sans trahir de secret, nous pouvons vous dire que nous avons une variété considérable de réponses. Ce qui est important dans cet exercice, ce n’est pas de donner la bonne réponse (elle appartient à chacun), mais c’est d’amener le futur formateur à clarifier qui il est, pour mieux se positionner. Et notamment se présenter au démarrage de sa formation.

Vous souhaitez acquérir des techniques pédagogiques pour mieux transmettre ou faciliter ? Découvrez notre jeu de cartes “La pédagothèque 1” en cliquant ici et commandez-le en nous contactant : formation@c-campus.fr.

2- Quel est le niveau de maturité des apprenants ?

Si tous les formateurs sont différents, c’est aussi le cas des apprenants. Là-aussi, il faut sortir du modèle scolaire et cesser de penser que l’apprenant est une Tabula rasa. L’apprenant entre en formation avec ses connaissances, ses expériences, ses représentations de ce qu’est une formation efficace et de ce qu’il vient faire dans ce moment de “parenthèse” dans son flux d’activités, aussi bien professionnelles que personnelles.

Quand on se pose la question de savoir si on doit privilégier la posture de facilitateur plutôt que celle de transmetteur, on est amené à prendre en compte tout ce que sont les apprenants qui font appel à nous. Sans leur faire passer un examen très rigoureux, il est certain qu’on a besoin de savoir qui ils sont, avant de choisir sa posture.

  • Les apprenants sont-ils plutôt néophytes ou expérimentés ?

Pour le dire simplement, avec des apprenants plutôt néophytes ou peu expérimentés, on privilégiera une posture de transmission. Il faut bien un peu les alimenter en savoirs, avant qu’ils puissent se poser des questions et prendre conscience de ce qu’ils savent et ce qu’ils peuvent partager.

À l’inverse avec des apprenants expérimentés voire très expérimentés (il n’est pas rare d’avoir des apprenants qui en savent plus sur le sujet que le formateur lui-même !), la posture de facilitation sera bien plus pertinente.

La quatrième question liée au contexte socio-organisationnel

Comme l’a mis en évidence Philippe Carré dans son excellent livre “L’efficacité pédagogique en formation d’adultes“, toute formation s’insère dans un contexte socio-organisationnel, qui en sur-détermine son efficacité. Se focaliser uniquement sur la relation pédagogique, quand bien même prendrait-elle en compte les 3 dimensions que nous venons de voir, c’est insuffisant.

Le contexte socio-organisationnelle influe sur le choix de la posture du formateur. Au travers de notre expérience avec nos clients “entreprises”, nous avons relevé 2 questions majeures intimement liées :

  • Dans quel processus d’apprentissage s’inscrit le temps de formation au cours duquel intervient le formateur ? Et quelle est la durée de ce temps ?

Si le temps de formation s’inscrit dans un processus d’apprentissage soutenu par l’organisation (accompagnement par un tuteur, relais du management – voir à ce titre l’article publié dans ce blog en cliquant ici, apport pédagogique du collectif de travail, etc.), le formateur pourra privilégier une posture plutôt de transmetteur que de facilitateur. De même si le temps consacré à la formation est court, voire très court (il n’est plus rare de voir des formations de moins de deux heures réalisées en entreprise), le formateur aura davantage intérêt (on pourrait dire “sera contraint”) de privilégier la transmission accélérée de savoirs.

Bien sûr si la formation représente la seule occasion d’apprendre pour l’apprenant et qu’elle est plutôt confortable en termes de durée, on adoptera l’attitude inverse.

Et pour conclure…

Comme nous venons de le voir, transmettre ou faciliter, telle est la question du formateur ! Et le choix n’est jamais blanc ou noir, il est tout en nuance de gris. Car il n’y a pas d’algorithme pour choisir à notre place in situ. Comme tout métier de la relation, en formation, c’est au moment de la “rencontre” que nous décidons. Et nos choix sont toujours situés et incarnés. Nous espérons que ces quelques questions vous permettront de mieux choisir en situation.

Avant de terminer, nous aimerions enfoncer le clou et rappeler que “Transmettre”, ce n’est pas que “balancer du slide“, ni que “faciliter, c’est juste faire jouer ou discuter”.

  • Quand on transmet, on reste à l’écoute des apprenants, on prend en compte leurs motivations, leurs attentes, leurs besoins, on explique ou on montre en se mettant à la place de l’autre. On reste pédagogue, mais on se concentre sur le transfert de savoirs.
  • Quand on facilite, on amène les apprenants à partir de leurs savoirs existants et à en construire ou en co-construire de nouveaux. Il ne s’agit pas simplement d’imaginer des ice-breaker ou des petits jeux pédagogiques “gentils”, pour attirer leur attention, mais bien de les amener à “s’engager cognitivement” – cf. Modèle ICAP de Michelene Chi, c’est-à-dire à produire par leur propre réflexion une partie du savoir.

Partant de ces définitions, et même s’il est vrai qu’en formation en entreprise on est plus souvent confronté à des situations où la facilitation semble une réponse mieux adaptée que la transmission, il n’y a pas lieu d’opposer facilitation et transmission. Ce qui compte, c’est de bien choisir en fonction du contexte. Et toujours faire oeuvre de pédagogie !

Vous souhaitez vous former à la pédagogie et acquérir des méthodes et techniques rigoureuses pour transmettre votre savoir-faire et/ou faciliter les apprentissages de vos apprenants découvrez notre offre dédiée en cliquant ici ou en nous contactant formation@c-campus.fr.

Marc Dennery

Marc Dennery