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Quelle est la meilleure modalité pédagogique à l’ère digitale ?

Pour être franc, la meilleure modalité pédagogique n’existe pas. Pas plus aujourd’hui, à l’ère digitale, qu’hier quand le seul stage présentiel était reconnu. Ce qui change aujourd’hui, c’est tout simplement que nous avons le choix des formats pédagogiques :

  • Digital learning : E-reading, vidéo learning, rapid E-Learning, plateforme interactive d’animation du présentiel, réalité virtuelle, classe virtuelle…,
  • Formation expérientielle : AFEST, tutorat, mentorat, parrainage, compagnonnage…,
  • Formation présentielle : cours, stage, séminaire, convention, barcamp, worldcafé….

Et l’embarras de choix, n’est pas forcément facile à vivre. Alors certains aimeraient simplifier les choses en découvrant LA modalité des modalités. Celle qui fonctionne à coup sûr et qui est vraiment supérieure aux autres.

Les discours marketing usent et abusent de ce mythe de LA modalité incontournable. Un jour, c’est le serious games, un autre la réalité virtuelle ou l’Intelligence artificielle, un autre encore le seul atelier de formation car c’est le plus « humain » de tous… Mais tout ceci n’est que mode et « posture ».

La seule vérité pédagogique qui tienne est que justement, il n’existe pas de vérité pédagogique. Tout est question d’alignement et de cohérence en matière d’ingénierie pédagogique. Le choix de la modalité n’est que la résultante d’une équation à trois inconnues :

  • l’objectif pédagogique poursuivie…
  • … et son dispositif d’évaluation associé,
  • la situation pédagogique comprenant une analyse fine à la fois du profil de l’apprenant et de son environnement d’apprentissage,

Pour trouver la bonne modalité pédagogique, il faut que ces trois éléments soient pensés en cohérence et qu’in fine, la modalité pédagogique soit parfaitement alignée sur ces trois dimensions de l’apprentissage. Bref, l’équation magique de l’ingénieur pédagogique est :

« Situation pédagogique + Objectif pédagogique + Dispositif d’évaluation associé = Modalité pédagogique » pertinente

Le métier de l’ingénieur en pédagogie est de faire varier ces variables et de les aligner au mieux. Détaillons maintenant chacune des 3 inconnues.

1) La situation pédagogique

La situation pédagogique est le contexte de l’apprentissage. C’est la rencontre d’un profil d’apprenant dans son environnement.

Le profil de l’apprenant peut être défini à travers trois dimensions :

  1. Le style d’Apprentissage, c’est-â-dire comment la personne aime apprendre. Est-ce plutôt en groupe, seule, avec un pair, via des outils digitaux ou plutôt papier, par l’action en premier (méthode inductive) ou la théorie (méthode déductive).
  2. Les Connaissances et Compétences, c’est-à-dire ce qu’elle sait et sait faire avant de venir. Est-elle novice ou experte dans le domaine ? Ou encore faussement experte (désignée ou croyant être experte, mais en fait dépassé par les évolutions en cours) ?
  3. Le niveau d’Engagement, c’est-à-dire est-elle motivée pour se former ou au contraire réfractaire. Prend-t-elle du plaisir à apprendre ou apprendre est-il un mal nécessaire ? Bref, sa motivation est-elle intrinsèque ou extrinsèque ?

Si on reprend, les premières lettres des mots clés de ces trois dimensions, cela donne un acronyme simple et bien connu des tennismen : A.C.E (Apprentissage, Compétences, Engagement).

Mais l’apprenant n’est pas seul, il est immergé dans un environnement qui peut être plus ou moins apprenant. Là aussi, il est possible de le caractériser en répondant à quelques questions :

  • Quels outils et moyens peuvent être mis à disposition de l’apprenant pour favoriser son apprentissage (notamment digitaux) ?
  • Quelles bases de connaissances peuvent-être mises à disposition ?
  • Les personnes gravitant autour de l’apprenant peuvent-elles l’aider dans son apprentissage : manager, tuteurs, pairs, familles… ?

Ce n’est qu’une fois la situation pédagogique (environnement d’apprentissage + profil A.C.E de l’apprenant) précisément déterminée que l’on peut commencer à faire des hypothèses sur les modalités pédagogiques à utiliser. Pourquoi utiliser un serious games, si les apprenants n’ont pas de terminaux facilitant la consultation ? Pourquoi utiliser des méthodes de E-Reading ou de E-Learning si les apprenants sont réfractaires à l’autoformation ? C’est en alignant situation pédagogique et méthode qu’on arrivera à éviter les grossières erreurs de conception de parcours de formation. Mais pas seulement, car deux autres inconnues sont à prendre en compte.

2) Le niveau d’objectif pédagogique

Bloom ou krathwolh et, bien d’autres encore, ont classé les objectifs pédagogiques. A travers ces taxonomies, on a appris que le niveau d’objectif détermine fortement la modalité. On n’utilise pas la même méthode pour un objectif de connaissance simple que de compréhension complexe et encore moins d’application ou d’adaptation/innovation. Dans le premier cas, quelques vidéos learning peuvent très bien faire l’affaire, dans le second une mise en pratique et des techniques de formation expériencielles s’imposent.

Avant toute réflexion sur la méthode, on devrait s’interroger sur le niveau de l’objectif pédagogique ! Et pour découvrir le niveau dans la classification des objectifs (Connaissance, compréhension, application, adaptation, transmission et innovation, par exemple), il est impératif de réaliser une analyse du travail de l’apprenant et de le positionner par rapport aux compétences professionnelles attendues. Le futur décret Qualité va engager les organismes de formation à le faire.

3) Le dispositif d’évaluation associé à chaque objectif

Le dispositif d’évaluation doit avant tout être cohérent avec l’objectif pédagogique poursuivi dans le cadre de la situation donnée. Pour évaluer des objectifs de niveaux de connaissance et compréhension, les quiz suffiront. Dès qu’on passera au niveau application, il faudra les remplacer par des simulations, des rapports d’analyse de pratique, des productions concrètes à réaliser, le management d’un projet d’apprentissage…

La modalité pédagogique choisie doit conduire naturellement à préparer l’évaluation. C’est elle qui permet à l’apprenant de réussir son évaluation finale. Elle doit donc être cohérente avec ce qui sera attendue lors de l’épreuve d’évaluation. L’évaluation n’est en fait que son prolongement. C’est pourquoi, si l’épreuve finale est un quiz, la modalité d’apprentissage devra permettre de préparer ce quiz (par une consultation de modules de E-Learning ou par un exposé). Si c’est une simulation qui est à réaliser in fine, des jeux de rôles feront mieux l’affaire. Si c’est un rapport d’activité, il faudra impérativement passer par une mise en pratique terrain.

La modalité pédagogique n’est ainsi qu’une résultante d’un projet de conception pédagogique à trois dimensions : la situation pédagogique donnée, l’objectif pédagogique poursuivi en fonction de cette situation de départ et son dispositif d’évaluation associé. C’est la cohérence de tous ces éléments qui est à rechercher, pas la méthode miracle, quand bien même serait-elle avant-gardiste et technologique.

Marc Dennery

Marc Dennery

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