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Best of 2013 : de la transmission à la pollinisation des savoirs

Marc Dennery, 30 décembre 2013

innovation_pedagogique_2La loi de 1971 a imposé une représentation de la formation fondée sur la transmission. Cette représentation est aujourd’hui caduque et détourne les énergies des pédagogues. Il est urgent de changer de paradigme en passant de la transmission à la pollinisation des savoirs.

Les recherches sur les apprentissages informels nous l’ont démontré depuis longtemps : les personnes apprennent de multiple façons en tout lieu et en tout temps. La formation n’est qu’une modalité d’apprentissage parmi d’autres. Le sachant transmettant ses connaissances à des apprenants dans un cadre formel (salle de formation, tutorat, e-learning, etc.) est peut-être le modèle pédagogique dominant, mais il n’est pas le seul.

Pour une autre vision de l’apprentissage : la pollinisation des savoirs

A côté, d’autres formes d’apprentissage sont mises en oeuvre : apprentissage en réseau, apprentissage collaboratif, apprentissage dans l’action… Tous ces apprentissages ont en commun de remettre au coeur du processus pédagogique l’apprenant. Chacun devient à la fois émetteur / récepteur de savoirs. En tant qu’équipier, j’apprends de mes co-équipiers et en même temps je les aide à acquérir de nouvelles connaissances. De même, au coeur d’un réseau virtuel ou réel, je donne et reçois des informations. Dans l’action, j’apprends en agissant et grâce aux feed back de mon environnement (clients, fournisseurs, confrères…) et je peux aussi apporter mes connaissances et en faire bénéficier mes équipiers.

Ces apprentissages dits informels reposent sur une logique de pollinisation. Reprenant l’image du monde végétal, on peut dire que les grains de savoir circulent d’agents de savoir à agents de savoir, comme des grains de pollen vont de plante en plante. Les agents de savoir peuvent être des apprenants eux-mêmes (les collaborateurs au sein d’une entreprise ou à l’extérieur), mais également des bases de ressources pédagogiques (wiki, réseaux sociaux d’entreprise…).

Comme il existe des insectes pollinisateurs, certains équipiers peuvent jouer un rôle plus ou moins important dans la pollinisation des savoirs. Ces “équipiers pollinisateurs“ ne sont pas toujours les plus experts. il peut s’agir de nouveaux entrants, d’équipiers ouverts sur d’autres mondes (les réseaux sociaux comme les réseaux professionnels, le monde de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation…). Les consultants, les collaborateurs non salariés (intérimaires, prestataires de service…) sont également de formidables agents pollinisateurs.

Comme certaines plantes dans le règne végétal, certains apprenants sont capables de mettre en oeuvre des stratégies très sophistiquées pour optimiser la pollinisation. Ils sont capables de se créer de véritables “environnements d’apprentissage personnels“ qui tout à la fois leur permettent d’acquérir de nouveaux savoirs et de les transmettre. Ces EAP les conduisent à entrer de façon plus ou moins efficace au coeur des réseaux virtuels ou réels déterminants, de formaliser leur savoir pour mieux le diffuser (outils de veille sur internet tels que Netvibe, Scoop.It, fil Twitter…).

Favoriser la pollinisation des savoirs

Ce modèle de la pollinisation des savoirs conduit à poser un autre regard sur l’apprentissage. Il invite à se focaliser sur d’autres problématiques que les aspects administratifs et financiers de la formation. Il amène à rapprocher le service formation du terrain. Il ne s’agit plus de savoir définir la meilleure politique de formation et d’organiser au mieux le processus de production de formation (stages, e-learning, blended learning) mais d’accompagner les managers pour qu’ils accélèrent les processus de pollinisation des savoirs.

Les managers sont parfois démunis (mais pas toujours) pour optimiser ces processus de pollinisation. Il existe pourtant quelques conditions à réunir. En voici 10 essentielles :

  1. Valoriser l’échange de savoirs en reconnaissant les “pollinisateurs“
  2. Développer le binomage entre équipier (deux équipiers travaillent en doublant sur la même mission)
  3. Mettre en oeuvre périodiquement des groupes d’échange de pratiques
  4. Instituer des rites de type “café apprenant
  5. Mettre en place et animer un réseau social d’équipe
  6. Confier des missions apprenantes à chacun de ses équipiers
  7. Favoriser la diversité dans le recrutement de l’équipe et faire travailler en équipe pluridisciplinaire
  8. Confier à chacun de ses équipiers un rôle dans la pollinisation des savoirs (être tuteur ou référent, intégrer un réseau professionnel – virtuel ou réel, donner des cours à l’extérieur ou participer à des benchmarking…)
  9. Développer l’affichage visuel
  10. Mettre en place et animer des revues de pairs

Cette liste est loin d’être exhaustive et chacun pourra la compléter à sa guise. La seule chose à bannir de cette liste est peut être l’organisation en “open space“. L’open space est typiquement la fausse bonne idée pour favoriser la pollinisation des savoirs. Ces espaces sont devenus tellement invivables que chacun se cache derrière ses demi cloisons, le casque sur la tête. Chacun dans sa bulle, plus question de se parler ou de partager. A l’inverse, le coworking peut être un excellent moyen pour développer la pollinisation des savoirs.

Il est peu probable que nos réformateurs de la formation se soucient de la pollinisation des savoirs, trop éloignés qu’ils sont des évolutions pédagogiques et trop imprégnés du modèle de la transmission, mais s’ils venaient à supprimer l’obligation fiscale, indirectement ils pourraient simplifier la vie de tous ceux qui veulent avoir tout simplement le temps de s’en occuper !

5 Comments


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