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Vers une transformation radicale du business model des organismes de formation

Digitalisation, nouvelles attentes des apprenants, réforme de la formation…… ça bouge dans le monde de la formation ! Et les organismes de formation sont en première ligne. Ils vont devoir une nouvelle fois s’adapter, et même changer leur business model.

Le coût horaire de formation alpha & omega de la formation stagifiée

Depuis la loi Delors de 1971, le métier de l’organisme de formation est de produire du face à face pédagogique valorisé en heures. La rentabilité d’un organisme de formation dépend essentiellement de deux variables :

  1. La productivité des formateurs : prix de vente / rémunération et charges annexes, taux de remplissage des sessions, temps de préparation et conception / temps d’animation…
  2. La durée des formations : plus les durées s’allongent, plus les frais commerciaux et de gestion peuvent être amortis.

L’étalon de la formation est ainsi devenu au fil des ans le coût horaire de formation. Et tout fonctionnait parfaitement tant que le stage régnait en mettre sur le monde de la formation. Les organismes de formation vendaient des heures de formation, les entreprises les achetaient, les salariés les suivaient et les OPCA les remboursaient sur la preuve de feuilles d’émargement signées matin et après-midi.

L’irruption du Digital Learning a quelque peu interrogé ce modèle bien huilé. Mais dans un premier temps, le modèle a bien résisté. Car les modèles de pensée ont la vie dure ! On a ainsi inventé des LMS pour “tracker” (on pourrait même écrire “traquer”, voire “fliquer”) les heures de formation. Tout ceci a eu des effets néfastes sur le développement du e-learning, il n’est qu’à comparer l’expansion de cette nouvelle modalité en France par rapport à nos voisins européens pour s’en convaincre.

Le décret forfait parcours… un premier signal faible réglementaire

Le décret du 22 mars 2017 est passé inaperçu. Il était pourtant annonciateur des transformations profondes en cours. Il pose les principes d’un nouveau modèle de mesure de la formation. La sacro-sainte feuille d’émargement est remplacée par l’attestation d’assiduité qui est à transmettre au financeur. L’organisme de formation doit conserver les preuves de la réalisation de la formation, notamment les travaux effectués pour les formations FOAD. Car il pourra être amené à les fournir en cas de contrôle.

Ce qui fait preuve de la formation, ce n’est plus la présence effective d’un apprenant, mais le fait que l’apprenant a bien participé à un parcours pédagogique. Et pour avoir la preuve de cette participation, un faisceau d’indice pédagogique suffit : protocole individuel et/ou traces de travaux pédagogiques et/ou tests de connaissances et/ou évaluation de compétences.

Les signaux forts de la loi “Avenir Professionnel”

La loi du 5 septembre 2018 s’inscrit dans cette logique de la fin de la mesure par la seule heure d’apprentissage. Avec cette fois-ci des mesures hautement plus symboliques : la monétisation du CPF et le financement des contrats d’apprentissage au contrat et non plus au CFA. La formation va avoir un prix et non plus une durée. Le tarif d’une formation ne sera plus forcément fixé en fonction de sa durée, mais de sa valeur ajoutée.

La multimodalité sonne le glas de la formation mesurée en heure et redéfinit sa valeur ajoutée

A ces changements de cadre réglementaire s’ajoutent les évolutions de modalités pédagogiques en cours, elles-mêmes reconnues par le Législateur. La FOAD ou le digital Learning est maintenant une réalité pour les entreprises (notamment les plus grandes). La FEST (formation en situation de travail) va venir la compléter et même la renforcer. C’est en tout les cas, l’intention du Législateur à travers la nouvelle définition de l’action de formation inscrite dans l’article L.6313-2.

La FOAD et surtout la FEST n’ont pas beaucoup de sens à être mesurées en heures. Si on veut que les apprenants s’approprient ces nouvelles approches, il faut éviter les carcans administratifs et la traque des signatures. Mais quel pourrait être alors le nouvel étalon de la formation ?

Nous avons la conviction que l’étalon de demain sera la compétence validée et reconnue. Dans un parcours multimodal, la seule chose que l’on peut raisonnablement mesurer, c’est le gain en compétences validées et reconnues à la fin du parcours. C’est l’écart entre le positionnement amont et l’évaluation aval. Le nombre d’heures passées à acquérir les nouvelles compétences n’est plus la question. Ce qui compte, c’est la mesure de la progression en compétences de l’apprenant. Et ces compétences doivent être de préférences pertinentes au regard du marché de l’emploi.

Il s’agit pour l’organisme non seulement d’accompagner l’apprenant à produire ses compétences, mais également de donner de la valeur à ces compétences acquises (via notamment la reconnaissance symbolique d’un processus certifiant). C’est là que se situe la véritable valeur ajoutée de l’organisme de formation de demain.

Les nouvelles compétences coeur de métier des organismes de formation

Le métier de l’organisme de formation va se transformer de producteur de face à face pédagogique à développeur de compétences validées et reconnues. Cela va l’amener à développer lui-même 4 compétences clés :

  1. L’ingénierie de parcours pour permettre à chaque apprenant de progresser le plus rapidement et le plus efficacement vers les compétences attendues. Et cette ingénierie de parcours sera évidemment hybride, mixant FEST, FOAD et Présentiel.
  2. La digitalisation de ses contenus de formation pour pouvoir passer à la multi modalité pédagogique.
  3. L’accompagnement pédagogique en situation de travail et à distance. Cet accompagnement pédagogique pourra être réalisé par l’organisme de formation ou être délégué à l’entreprise (manager, tuteurs ou formateurs terrains dans le cadre de parcours FEST).
  4. L’ingénierie de certification pour être capable de valider et reconnaître les compétences acquises.

D’une industrie de main d’oeuvre (temps passé par le formateur), les organismes de formation vont devenir une industrie de services à haute valeur ajoutée. Ceux qui détiendront le capital pédagogique (offre digitalisée, ingénierie de parcours et d’accompagnement) et le capital de marque les plus élevés seront les grands gagnants.

Ceux qui resteront sur les modèles du face à face pédagogique se feront doublés. Par la gauche, par les organismes de formation qui auront su se transformer. Et, par la droite, par les entreprises elles-mêmes qui seront capables de produire et reconnaître les compétences dont elles ont besoin, notamment par la FEST et leurs services internes de formation en apprentissage.

Cet article a été publiée sous forme de tribune sur news tank rh management. Pour découvrir les services de cette agence d’information globale, n’hésitez pas à demander un test gracieux de notre part en cliquant sur le lien ici.

 

 

Marc Dennery

Marc Dennery

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