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Les trois marchés potentiels de l’AFEST

L’AFEST interroge les organismes de formation aujourd’hui au moins autant que le Digital Learning les interrogeait il y a trois à cinq ans. Faut-il ou ne faut-il pas y aller ? L’AFEST permettra-t-elle de développer de nouveaux marchés ou au contraire va-t-elle mettre en danger notre position concurrentielle ? Bref, l’AFEST nouvel eldorado ou innovation pédagogique de tous les dangers ?

Poser la question en ces termes, c’est passer à côté du problème. L’AFEST, comme en son temps le Digital Learning, n’est pas vraiment un choix pour les organismes de formation. C’est une modalité de formation parmi les trois reconnues par la loi du 5 septembre 2018 qui contribue à proposer une réponse efficace à des besoins de formation toujours plus personnalisés. On peut y aller plus ou moins vite, on peut y aller avec plus ou moins d’entrain, mais au final tous les organismes de formation iront, comme tous les organismes de formation intègreront le Digital Learning.

L’AFEST n’est pas meilleure ou moins efficace dans l’absolu que le Digital Learning ou que le présentiel (même si elle présente des avancées significatives, nous y reviendrons). L’AFEST ne se substituera pas non plus au présentiel ou au Digital Learning, mais son taux de mise en œuvre ne sera probablement pas anecdotique dans les plans de développement des compétences des entreprises d’ici 4 à 5 ans.

Bref, l’AFEST existera, même si elle ne submergera pas forcément le marché de la formation. Apprendre grâce à une analyse réflexive à partir des situations de travail rencontrées n’a rien d’original. Ce qui était original, c’était la loi du 16 juillet 1971, pas celle du 5 septembre 2018 consacrant l’AFEST comme modalité de formation. C’est parce que la loi Delors a créé un « impôt formation » qu’il a fallu exclure du champ de la formation, tout apprentissage en situation de travail. C’est parce que les pouvoirs publics craignaient tout détournement d’un impôt que pour simplifier les contrôles administratifs, on a créé des circulaires ministérielles séparant travail et formation. Aujourd’hui, la France rentre dans le rang des grandes Nations en matière de formation et rend légale l’AFEST. Mais elle le fait comme à son habitude en l’encadrant. Ce qui aura pour conséquence de créer trois marchés de l’AFEST.

Le marché de la formation « prise en charge »

La loi Avenir Professionnel n’a pas supprimé le principe des co-financements. Les entreprises de 10 salariés et plus versent toujours 1,68% de leur masse salariale et peuvent bénéficier en retour de co-financements.

L’AFEST n’est pas un dispositif, mais une simple modalité. Ce qui signifie que pour avoir une prise en charge de la part d’un OPCO, de Pôle Emploi ou d’une Région, il faudra inscrire l’AFEST dans le cadre de dispositifs de formation existants.

Parmi ces co-financements, deux sont particulièrement adaptés à l’AFEST, et deux autres prêtent davantage à discussion.

  • Le plan de formation des entreprises de moins de 50 salariés est particulièrement bien adapté à l’AFEST. Les OPCO, en lançant des appels à référencement d’organismes capables de faire de l’AFEST sont en train de créer un nouveau marché. Maîtriser l’approche AFEST pour tous les organismes qui souhaitent investir ce nouveau marché devient un incontournable.
  • Le contrat de professionnalisation et contrat de professionnalisation expérimental peuvent être réalisés en tout ou partie en AFEST. L’organisme de formation devient pilote de dispositifs d’AFEST relayés par des accompagnateurs ou formateurs interne. L’avantage pour l’OF externe est de permettre une formation plus flexible dans son organisation et plus proche des besoins de l’entreprise. Ce n’est pas forcément les opportunités financières, qu’il faut viser à travers des contrats de professionnalisation en AFEST, mais davantage les deux qualités distinctives de l’AFEST : flexibilité et proximité. AFEST et contrats de pro semblent faire bonne ménage !
  • Nous ne parlerons pas ici des Pro-A dans la mesure où ce dispositif a pris du plomb dans l’aile avec l’ordonnance « coquilles ». Mais si la Pro-A venait à se développer, l’AFEST permettrait d’apporter une réponse formation efficace.
  • Concernant le CPF, l’AFEST est possible, mais elle s’y prête beaucoup moins bien que la formation présentielle ou la formation à distance. La raison en est simple : le CPF est une formation à l’initiative du salarié. Elle est donc plutôt orientée vers des compétences qui ne s’acquièrent pas forcément dans le poste actuel.

Le marché de la formation « obligation sociale »

Les réformes de 2014 et 2018 ont conduit à transformer une obligation fiscale en une obligation sociale de formation. Les entreprises de plus de 50 salariés ne peuvent plus (ou presque) bénéficier de co-financements pour leurs salariés en poste, mais sont contraintes de réaliser au moins une formation non obligatoire tous les 6 ans sous peine de devoir payer une pénalité de 3.000 euros par salarié.

L’AFEST est indirectement un moyen de répondre à cette exigence. En organisant des formations non obligatoires en AFEST, l’entreprise peut répondre plus facilement à son exigence sociale qu’à travers une formation présentielle, et souvent plus efficacement qu’une formation à distance.

Reste à savoir, si l’entreprise organisera par elle-même ces formations en AFEST ou si elle préfèrera les confier à organisme extérieur. Nous sommes convaincus qu’à la fois pour des raisons de sécurité juridique (trace d’une convention de formation, respect des exigences liés au Référentiel National Qualité) et d’efficacité pédagogique (pilotage des accompagnateurs AFEST internes par des ingénieurs en formation professionnels), l’entreprise a intérêt à faire appel à un organisme de formation externe.

Pour les très grandes entreprises, cet organisme externe sera le plus souvent, en réalité, interne puisque les grands groupes ont leur propre organisme de formation interne. Pour les belles PME et ETI, il est probable que la solution d’organismes externes sera la plus simple. Ce qui devrait offrir à ces organismes un nouveau marché ou plus exactement, faire évoluer, le marché classique de l’intra et inter-entreprise pour partie en AFEST.

Le marché « libre » de la formation

Les entreprises ont besoin de développer plus que jamais leurs compétences. Pour les plus éclairées d’entre elles, la formation ne représente ni une contrainte légale, ni des opportunités financières, mais tout simplement un moyen d’améliorer substantiellement leurs performances.

Que peut apporter l’AFEST sur ce marché libre et volontaire de la formation ? Nous sommes convaincus que l’AFEST est une innovation pédagogique remarquable. Ce n’est pas une simple formation sur le tas, ni même un tutorat classique, mais c’est une manière de se former inspirée de courants de recherches en psychologie du travail et ergonomie (didactique professionnelle, clinique de l’activité, analyse de pratique professionnelle, etc.) représentant des avancées notables en matière d’ingénierie des compétences (au moins aussi déterminantes, soit dit en passant, que les résultats des recherches en neurosciences !).

Maîtrisées ces nouvelles approches pédagogiques centrées sur l’analyse du travail et l’analyse réflexive, c’est repenser de façon pragmatique son modèle de management de la formation. Nombreuses sont les grandes entreprises qui y songent sérieusement. En tant qu’organisme de formation, pouvoir proposer des offres maitrisant ces techniques propres à l’AFEST est un moyen de répondre à une évolution probable du marché.

Au-delà des opportunités de co-financement et de capacités à répondre de façon flexible aux nouvelles exigences sociales en matière de formation, l’AFEST représente un moyen d’accroître significativement l’efficacité pédagogique des formations. Ne serait-ce que pour ce dernier point, tous les organismes de formation devraient s’intéresser à l’action de formation en situation de travail.

Marc Dennery

Marc Dennery

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