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Marie-Blandine Verjat (Sopra-Steria) « Une formation sans diaporama .ppt, c’est possible et ça change tout !!! »

Marie-Blandine Verjat est Responsable Pédagogique, Facilitatrice en codéveloppement et Coach à SopraSteria Academy (Pôle France). Dans le cadre de ses fonctions, elle anime aussi certaines formations internes, notamment une formation à la conduite de réunion. Elle l’a intégralement reconçu en utilisant une démarche « Zéro .ppt ». C’est une expérience très instructive d’animation de formation qui l’a amenée à ré-interroger les pratiques de formation.

M.D. : Avant de présenter votre expérience de formation sans diaporama, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

M-B.V. : Depuis 4 ans, j’ai rejoint Sopra Steria Academy. J’avais une très grosse appétence pour la pédagogie mais sans aucune expérience dans ce domaine.  J’ai un profil de juriste en droit social, j’avais créé la Direction Juridique Social et la Direction des Ressources Humaines dans la branche Conseil.

Quand j’arrive à SopraSteria Academy, ma volonté est de développer des formations qui s’appuient sur de nouvelles approches pédagogiques comme le co-développement et la démarche réflexive. En parallèle, je me lance dans l’animation de deux formations internes. Ces deux formations ont pour thème la gestion du temps et la conduite de réunion.

M.D. Et votre expérience de formation sans diaporama se concentre sur la formation de conduite de réunion.

M-B.V. : Convaincue par l’apport d’une expertise de formateur dans mon panel de compétences, je me lance dans l’animation de formation. Je choisis une formation existante dans notre catalogue « conduite de réunion ». Me voilà équipée : 60 slides, 10 participants, à distance sur une journée. Et, là, je prends une respiration et je me dis à moi-même « c’est impossible ! tu n’y arriveras pas. Tu veux que les participants puissent se mettre en mouvement, réfléchissent sur leur posture d’animateur de réunion, tu ne peux pas être séparée des participants par 60 slides ! ». Alors, j’ai une intuition : je décide de prendre le contre-pied et de faire cette formation sans aucun slide.

Au début, le doute me prend. J’en parle autour de moi et les avis sont partagés. Je consulte internet et je tombe sur un article d’une consultante qui pratique déjà cette approche. Je me lance dans la lecture de livres sur la pédagogie, sur des nouvelles approches en formation et sur le neuro learning. Et, mon intuition a fait son chemin.

M.D. : Et vous vous lancez…

M-B.V. Je me jette à l’eau en mars 2023. Je prends quelques précautions en prévenant mes futurs participants de certaines exigences en leur indiquant « L’interactivité est au cœur de cette formation. Pour en tirer le meilleur parti, je vous demanderai d’être entièrement présents et de garder votre caméra ouverte durant toute la session. »

M.D. : Et c’est parti… Vous pouvez nous en dire plus sur le déroulé de la première animation ?

M-B. V. : Tout d’abord, je tiens à préciser que j’ai gardé les mêmes objectifs de formation. Il s’agit toujours de développer les bonnes postures et d’acquérir les bons outils, pour réussir l’animation de ses réunions. Ce qui change, c’est simplement la méthode pédagogique. Je travaille davantage sur le changement d’attitude et de comportement en réunion que sur la transmission de connaissances.

Ensuite, par mes compétences en coaching, j’aide les participants à prendre conscience déjà de leurs atouts dans le domaine de la conduite de réunion et à transformer le matériau qu’ils apportent en véritables leviers d’apprentissage.

Enfin l’architecture de la formation, suit la chronologie d’une réunion. La formation est découpée en 3 temps principaux : préparation en amont, animation et conclusion de la réunion. Pour chaque temps, j’amène par des questions, les participants à réfléchir sur leurs pratiques. Je les invite aussi à expérimenter avec des jeux de rôles. Et, je prends beaucoup de temps dans les débriefings pour amener le groupe à envisager les bonnes pratiques à retenir et les difficultés à surmonter.

Pour faciliter les échanges, j’ai choisi d’utiliser un jeu de rôle décalé par rapport à leur univers : c’est une réunion de conseil municipal où il y a des décisions importantes à prendre.

Par ailleurs, je prends appui sur une vidéo que nous avons réalisé avec un manager expérimenté qui permet de poser les enjeux opérationnels de la conduite de réunion et de lancer les échanges sur leurs problématiques terrain.

Vous êtes séduit par la démarche de Marie-Blandine Verjat, sachez que chez C-Campus nous pratiquons l’animation de formation sans ou avec très peu de PPT depuis de nombreuses années. Nous avons conçu des jeux de cartes originaux pour les remplacer et ça change tout également. Vous souhaitez découvrir nos formations de formateurs, de tuteurs et référents AFEST – cliquez ici – ou nos offres de jeux de cartes – cliquez-là. Ou contactez-nous formation@c-campus.fr.

M.D : Quelles ont été les réactions des apprenants à la fin de formation ?

M-B.V. C’est extrêmement positif et inhabituel. « On apprend avec plaisir », m’ont-ils dit. Ils ont découvert une autre façon d’apprendre.

Un mois et demi après la journée de formation, j’ai animé un retour d’expérience sur la mise en application. Il y avait déjà du mouvement. Les participants présents ont commencé à changer des choses dans leurs pratiques d’animation de réunion.

Seul bémol, un participant lors de l’évaluation a dit : « la formatrice n’aime pas les slides, mais moi je les aime ». Cela m’a interpellé.

M.D. : Et vous en avez tiré quels enseignements ?

M-B.V. : Cela m’a fait réfléchir mais je n’ai pas voulu changer pour autant ma méthode. Je me suis dit il faut que je réponde à ce besoin de structuration, de formalisation mais en même temps, il ne faut pas que je revienne en arrière.

Et, une idée m’est venue. Je me suis dit la formation, finalement c’est un voyage. On fait des découvertes. Et je me suis rappelée une époque où je faisais de la plongée et où on avait notre carnet de plongée. Après une plongée, on notait tout ce que l’on avait fait et avait vu. Et, on les consultait en hiver quand on ne pouvait pas plonger. Alors, j’ai imaginé un carnet de plongée propre à la formation. Et chacun a maintenant son carnet dans lequel il y note ses atouts que nous avons travaillés, les essentiels de la formation et les exercices. Le participant peut également noter les points clés qu’il retient.

M.D. : Cette expérience de formation sans diaporama .ppt est très inspirante. L’avez-vous généralisée ?

M-B.V. Oui, avec l’équipe de formateurs intervenants, on a déjà formé près de 300 participants à la conduite de réunion ces trois dernières années. Mais on ne s’est pas arrêté là. Nous avons un événement périodique dédié à notre communauté de formateurs internes pour les monter en compétences pédagogiques. Et, nous avons saisi cette occasion pour leur faire vivre des ateliers de formation sans slide puis nous avons débriefé avec eux. Ils ont été étonnés et séduits par l’approche.

M.D. : cela veut dire qu’ils vont animer sans slide dorénavant ?

M-B.V : Non, ce n’est pas possible pour tous les sujets et cela dépend du formateur. Ce n’est pas un choix extrême qu’il faut faire. Mais, c’est bien de se dire : « je ne suis pas toujours obligé de faire avec un PPT pour chaque séquence de formation. Je peux m’en affranchir de temps en temps ».

Aujourd’hui, certains formateurs commencent à alléger leur diaporama, sans être radical.

Mais, le plus important n’est pas là.

Ce qui est essentiel c’est le changement de posture des formateurs. Car lorsqu’ils suppriment des slides, c’est tout l’imaginaire de la formation, bâti autour d’un expert qui parle et qu’on écoute, comme on écoute un prof, qui est remis en cause.

La formation devient un espace ouvert où chacun peut exprimer ses expériences, ses réussites et ses difficultés. Où l’on peut se faire aider de collègues et pas seulement du formateur. Il y a une intelligence collective qui se crée.

M.D. : Et les formateurs eux, quel bilan tirent-ils de ce changement de posture.

M-B.V : Leur retour est clair : ils trouvent les formations comment dire… « légères » et disent terminer les sessions avec beaucoup moins de fatigue.

Elles sont plus agréables à animer, moins pesantes. On lie l’apprentissage avec le plaisir. C’est tout un système qui se met en action, les formateurs comme les apprenants.

L’ambiance est donc totalement différente. La formation redevient un véritable moment de convivialité alors même que nous sommes à distance.

M.D. : Plus facile ? Pourtant cela demande une réelle expertise pour questionner, reformuler, bâtir avec les apprenants de la connaissance, n’est-ce pas ?

M-B. V. : Oui évidemment, cela nécessite de grandes capacités d’adaptation.

On doit être capable de travailler avec l’incertain.

Tu ne te projettes pas en te disant je vais faire ça, puis ça, puis encore ça comme d’habitude. Tu ne « déroules » plus.

Cela demande une certaine exigence. D’abord la maîtrise de son sujet et une préparation rigoureuse sur le fond, ça c’est indéniable !

Cela étant, animer ce n’est pas une « discussion au salon de thé »

Le questionnement doit être professionnel. Il est nécessaire d’être attentif aux expressions du visage, souvent révélatrices d’un doute ou d’une incompréhension. Il faut garder toujours ses objectifs en ligne de mire et surveiller sa gestion du temps ; le risque de dérive est réel. On peut vite déraper !

M.D. : Et pour conclure quels conseils vous donneriez à une personne qui souhaiterait se lancer avec cette approche de pédagogie sans slides ?

M-B.V. : Je lui dirais d’oser, d’interroger sa pratique et de s’enrichir par la lecture qui me paraissent les trois leviers essentiels pour forger des convictions pédagogiques solides et vivantes. Les formations de style descendant peuvent apporter une satisfaction au formateur expert. Mais, si nous voulons que les participants puissent réellement appliquer dans leur quotidien ce qu’ils apprennent, alors nous, formateurs, devons créer les conditions qui leur permettent de se mettre en mouvement.  Si nous voulons des formations « transformantes » comme on dit aujourd’hui et bien il faut sortir du descendant et faire confiance à l’intelligence collective du groupe.

Finalement, la méthode est très simple mais pas simpliste, elle va juste à l’essentiel : construire avec les apprenants et se rappeler qu’ils ne sont pas des machines !

A l’instar de SopraSteria Academy, vous êtes certainement intéressé par l’innovation et l’efficacité pédagogique. Chez C-Campus, nous proposons à nos clients et animons par exemple des “ateliers réflexifs”: comprendre et expérimenter la démarche réflexive en AFEST ou hors AFEST (prise de poste, montée en compétences, développement professionnel) et maîtriser les techniques de questionnement réflexif, en tant que formateur, accompagnateur ou tuteur. Si vous souhaitez en parler avec nos spécialistes : formation@c-campus.fr

Marc Dennery

Marc Dennery