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Réduisons le “bruit” et renforçons le “signal” dans nos formations présentielles ou à distance !

Dans une séquence de formation, le “bruit” correspond à tout ce qui détourne l’attention de l’apprenant, de ce qui est réellement “formateur”. Ce “bruit” peut ainsi parasiter l’acquisition de la connaissance ! A contrario, renforcer le “signal” durant une formation, c’est permettre à l’apprenant de construire progressivement la connaissance, préalable à la compétence visée. Penchons-nous sur ce qui crée du bruit excessif et sur ce qui amplifie le signal utile, dans nos formations. Aujourd’hui nous commençons par la formation synchrone classique (présentiel, classe virtuelle). Nous aborderons dans un futur article le “bruit et le signal” dans les “formations intégrées au travail”.

Ce qu’en disent les travaux de référence des sciences cognitives : tout apprentissage dépend de la qualité du “signal” perçu, pas de la quantité d’informations données par le formateur. Au contraire : la surcharge cognitive altère la qualité de nos apprentissages ! En saturant les ressources attentionnelles de notre “mémoire de travail”, elle empêche l’élaboration et la structuration, nécessaires à un “encodage durable” dans notre mémoire à long terme. Le “bruit” excessif augmente la charge extrinsèque, sans bénéfice pédagogique réel ! Selon la didactique professionnelle, l’enjeu est aussi l’accès aux concepts organisateurs de l’action. D’ailleurs le “bruit” masque ces concepts, à moins qu’ils soient explicités : sans réflexivité, l’action future restera ou muette, ou perdue dans le “bruit” !

Qu’est-ce que le “signal” en formation ?

En formation, le signal désigne ce qui est réellement pertinent, porteur d’apprentissage et transformateur de la pratique. Le signal est en exacte opposition au “bruit” qui perturbe l’attention. L’accessoire, le périphérique, le purement décoratif, le distrayant, le routinier ou le trompeur sont du “bruit” en formation. Et vue l’inflation de “contenus” disparates en termes de qualité, notamment sur internet et l’explosion des usages, pas toujours réfléchis des IA (et autres supports digitaux…), il est temps pour les professionnels de la formation de renforcer le signal.

Définition qu’on pourrait donner au “signal” : l’ensemble des informations utiles à la structuration de situations d’apprentissage/formatrices. Par exemple des feed-back clairs et motivants, des moments réflexifs en formation, une mesure de la progression à la fin d’une séquence, etc. qui contribuent effectivement à la construction, à la consolidation et l’ancrage d’une connaissance.

Le signal est autrement dit :

  • ce qui nous fait apprendre en profondeur et durablement,

  • ce qui oriente notre attention (l’attention sélective par exemple) d’apprenant,

  • ce qui permet la généralisation et facilite notre transfert pédagogique,

  • ce qui nous servira in fine, dans notre situation de travail réel.

Différentes typologies de “bruits” en formation synchrone

Nous avons trouvé une typologie opérationnelle pour classer les “bruits”, au sens : charge cognitive extrinsèque ou parasite, stimuli non pertinents, routines vides, signaux trompeurs, etc. dans les formations synchrones (présentiel ou classe virtuelle).

Bruits périphériques et accessoires

  • Digressions (horaires de formation non respectés, pauses à rallonge, problème technique de connexion, etc.) qui “mangent” sur les séquences de pratique.
  • Supports trop denses donnés “au cas où”, qui créent une surcharge cognitive ou qui brouillent l’écoute (du signal).
  • Gestion inefficace du groupe (retards, abus du téléphone, problèmes matériels, etc.) qui casse le rythme cognitif des apprenants.

Bruits décoratifs

  • Slides “vitrine” : beaux schémas, beaucoup de textes, mais peu orientés action/décision, etc.
  • Jeux/icebreakers “pour l’ambiance”, des beaux gadgets mais sans lien explicite avec l’objectif (ou sans débriefing derrière).
  • Exemples spectaculaires : cas extrêmes “impressionnant” racontés par le formateur mais qui n’aident pas vraiment.

Bruits distrayants

  • Apartés permanents et discussions hors sujet : l’attention collective ou individuelle est dispersée.
  • Jingles, musique, vidéo, avatars façon “Youtube©” : le formateur se prend pour un influenceur !
  • Formateur “showman” : humour & storytelling prennent le dessus sur le partage, les échanges entre participants, l’apprentissage.
  • Fatigue visuelle : surcharge d’images, attention trop soutenue à l’écran en classes virtuelles.
  • Multitâche “invisible” : ordinateurs ou smartphones ouverts pendant la formation = baisse d’attention puis d’engagement.

Bruits routiniers

  • Cours trop magistral : “on déroule le PPT”, cela suscite une faible activité cognitive des apprenants.
  • Tour de table stéréotypé mené avec routine, c’est peu efficace et ça suscite une perte d’énergie, si trop reproduit.
  • Études de cas toujours identiques (non actualisées) qui abiment l’engagement et limitent le “transfert”.
  • Rituels répétitifs (“sondages” par exemple) : sans exploitation pédagogique, un automatisme devient néfaste.
  • Des travaux en sous-groupes sans consigne, ni livrable ni restitution structurée : du temps consommé, du blabla.

Bruits trompeurs

  • Présence connectée et tracée : “être là” ne suffit pas, ni en présentiel, ni sur Teams© !
  • Satisfaction à chaud = efficacité : on confond “j’ai apprécié le formateur” et “je saurai en faire une action utile dans mon boulot”.
  • Participation orale = maîtrise : les extravertis “sur-signalent” leurs compétences, les discrets les “sous-signalent”.
  • Simulation parfaite en salle (sans contraintes réelles) = croyance trompeuse sur la faisabilité ou l’intérêt de la méthode sur le terrain.

Un bruit en formation prend le dessus sur le signal et devient nuisible quand il consomme de l’attention, sans aider à la décision ou au geste (charge extrinsèque), quand il ignore le critère de réussite à froid (on optimise la forme, la satisfaction à chaud), quand il crée une illusion de compétence (réussite trop assistée : QCM pas trop compliqué, démonstration sur un cas idéal, simulation complaisante sans feed-back factuel) et quand il réduit la variabilité des situations (cas proposés trop propres, trop idéaux, trop “génériques”), donc quand il limite encore plus le peu de transfert.

Renforcer le signal en formation synchrone ?

La formation synchrone permet un signal fort quand elle est utilisée pour hiérarchiser les savoirs (ce qui compte vraiment), mettre en tension les concepts (désaccords, dilemmes, arbitrages, conflit socio-cognitif), susciter des raisonnements et la réflexivité des apprenants en direct, et qu’elle utilise l’erreur comme matériau pédagogique pour apprendre !

Un signal très fort en synchrone, c’est possible quand vous favorisez le relationnel, le dialogue, l’action, l’interaction, le conflit socio-cognitif et la réflexivité, durant votre animation !

Si vous ne voyez pas bien quelles techniques pédagogiques vos formatrices & formateurs peuvent utiliser pour “optimiser le signal” (c’est à dire :  animer de manière active, interactive et réflexive) nous vous conseillons  le jeu “La Pédagothèque 1” ou le jeu “Master Formateur” de notre gamme C-Campus.  Vous y trouverez (dans chacun) plus de 30 astuces ou méthodes pédagogiques variées ! Pour en savoir plus et commander nos jeux de cartes physiques : formation@c-campus.fr

4 amplificateurs de signal en formation présentielle 

Si vous ne souhaitez pas que vos animations en salle soient par exemple des “grands bains sympathiques, pleins de bruits” (imaginez une piscine symbolique, où vos apprenants, de grands enfants, sont contents et piaillent de joie, mais n’apprennent pas grand chose…) ou si voulez au contraire éviter d’endormir vos participants, utilisez ces 4 “amplificateurs” de signal :

  1. Faire formuler au moins un objectif explicite et visible de transfert par séquence, à vos apprenants
    Ne concluez pas une grande séquence de votre animation sans avoir demandé à votre groupe de se “reconcentrer sur le signal” et son application sur le terrain (par exemple en leur faisant formaliser une synthèse en sous-groupes, avec notre méthode “Pépites et Questions”)
  2. Temps courts + pauses structurantes
    Toutes les 15 à 25 minutes, changez de tonalité, modalité d’animation, sujet, pour maintenir l’attention de vos apprenants. Entre ces étapes de 15 à 25 minutes, incorporez des “pauses structurantes” (méthode Pomodoro©)
  3. Questionner plutôt que d’apporter trop de contenus supplémentaires
    Le trop plein finit par brouiller le signal ou créer de la confusion chez les apprenants entre l’utile et le superflu.
    En moyenne, un apprenant lambda retiendra et pourra appliquer quelques apprentissages majeurs par journée de formation !
  4. Faire formaliser par écrit en fin de formation “ce qu’il faut retenir /faire / refaire / arrêter de faire / essayer” etc.
    Le plan de transfert produit par les apprenants, c’est aussi l’occasion pour le formateur de revenir et conclure sur le signal !

Ne tombons pas dans l’excès d’une formation clinique, froide, parfaitement “alignée” pédagogiquement ou purement utilitaire. Les neurosciences montrent aussi que l‘émotion aide à la mémorisation chez nos apprenants : Un certain degré de “bruit” (une anecdote bien choisie, une pointe d’humour) peut servir de liant mémoriel. Le lien social en formation est aussi un levier d’engagement : Les tours de table, par exemple, s’ils sont bien cadrés, créent la sécurité psychologique nécessaire pour que les participants “réservés”, osent prendre la parole, se tester, se tromper et donc apprendre.

4 leviers de renforcement de signal en classe virtuelle 

Voici 4 leviers à utiliser si vous animez spécifiquement des classes virtuelles. La classe virtuelle pardonne peu l’improvisation, mais elle récompense l’ingénierie et la préparation de la qualité du signal reçu !

  1. Découpage très fin : vos séquences doivent être encore plus découpées qu’en présentiel =  10–15 min max,
  2. Vos diapos et supports visuels doivent être relativement pauvres en texte, riches en signaux forts et structurés,
  3. Variez régulièrement les activités pédagogiques durant votre animation, toujours en rapport et en redondance avec vos signaux forts !
  4. Faites vraiment reformuler explicitement le signal en clôture de chaque séquence, par vos apprenants, pas juste “oui, j’ai compris” ou “ok” : une vraie projection dans l’action.

Pour accroitre la portée de notre signal en formation, nous utilisons chez C-Campus un Learning Book dans nos formations au tutorat en classe virtuelle, par exemple. Chaque participant y structure et y construit pas à pas son plan d’action, à l’issue de la formation. Et ça marche pour tous les publics de tuteurs et maîtres d’apprentissage : de l’opérateur du bâtiment au cadre dans un siège social ! Contactez-nous pour vos formations au tutorat (inter ou intra) : formation@c-campus.fr

Règles d’or inter-modalités…

Changer de modalité pédagogique ne réduit pas le bruit. Changer d’ingénierie et d’animation, si !

Un dispositif de formation réellement efficace :

  • répartit le signal selon ce que chaque modalité fait de mieux,
  • ne confond pas richesse perçue et l’efficacité pédagogique,
  • assume de renoncer à des contenus ou modalités pour renforcer l’essentiel du signal  = du signifiant et du sens pour l’apprenant !

Et maintenant ?

Peut-être, vous estimez que la “ce qui est visible” est l’essentiel ! La forme, c’est à dire la forme matérielle ou visible du contenu pédagogique. Autrement dit, ce que l’apprenant voit, entend ou manipule pendant son “expérience de formation”, qui peut être très agréable et susciter une belle note de satisfaction… 

Ou alors, vous estimez comme nous, que l’important, c’est à la fois le “signifiant” (la forme) et le “sens” ! Le sens, c’est la signification construite par l’apprenant lui-même, à partir d’un signifiant pédagogique de qualité, de son expérience préalable, de ses représentations, de la projection dans son contexte professionnel (ce qui passe par un bon “signal”).

En tous les cas, il est grand temps de repenser ses approches pédagogiques et la professionnalisation des acteurs de la formation, vu les résultats encore décevants des taux de transfert post formation !

Vous êtes responsable de formation en entreprise, manager d’une équipe de formateurs internes ou responsable pédagogique en OF ou CFA, contactez-nous : formation@c-campus.fr. Nous avons de nombreuses solutions et outils pour professionnaliser et animer les communautés de formateurs et tuteurs.