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Yann Bonizec, Directeur C-Campus Digital Learning : “Prioriser l’apprenant plutôt que les contenus et les outils”

L’innovation pédagogique est le moteur de C-Campus, peu de nos lecteurs savent à quel point cette promesse est inscrite au coeur du travail quotidien de nos collaborateurs. Yann Bonizec est notre expert en digital learning, passionné depuis plus de 30 ans par la pédagogie, le multimédia et les nouvelles technologies, pionnier du e-learning en France et aujourd’hui bâtisseur du Digital learning, il accompagne nos clients dans leurs projets innovants de formation et dans la digitalisation de leurs ressources de formation. A l’occasion de la sortie de sa nouvelle offre inter de C-Campus, il fait le point sur les tendances du digital learning.

Quelles sont les tendances propres au digital learning qui émergent actuellement ?

Je remarque deux tendances qui sont liées. D’une part – mis à part dans le cas de gros projets qui ont d’avantage un objectif de communication que de formation – les ressources digitales produites sont de plus en plus courtes, légères et flexibles… D’autre part, j’observe également  une volonté de plus en plus forte de la part de nos clients de prendre en charge en interne, non seulement la conception, mais aussi la production de leur ressources digitales de formation. Donc d’un côté des ressources qui intègrent la culture du digital, plus simples, plus souples mais également plus pragmatiques et de l’autre une dynamique de production de ressources digital learning “home made”.

Pourquoi ce choix du “Fait maison” ?

Pour de nombreuses raisons aussi légitimes les unes que les autres. Je peux rapidement en citer 6 en vrac :

  • Devenir autonome dans la production et la mise à jour des ressources digitales de formation et en cela réduire les intermédiaires et les durées de production.
  • Réduire les coûts de production des ressources digitales et donc pouvoir en produire d’avantages afin d’étoffer les catalogues internes.
  • S’approprier le digital learning comme ticket d’entrée ou levier d’accompagnement de la transformation digitale opérée plus globalement par l’entreprise.
  • Homogénéiser les catalogues de ressources, créer des processus internes de production harmonisés autour de “templates” ou “modèles” réalistes.
  • Proposer des ressources digitales plus en phase avec la culture de l’entreprise et plus proches de l’apprenant.
  • Reconnaître et valoriser les expertises et les savoir-faire internes.

Apparemment, le do it yourself (DYI) en matière de formation digitale n’a que des avantages ! Pourquoi toutes les entreprises ne s’y mettent pas ?

De plus en plus le font, mais la transformation digitale en matière de formation, comme dans les autres domaines de l’entreprise du reste, est un parcours d’innovation qui remet en question pas mal de représentations, de compétences, de processus, de méthodes…

Donc pour schématiser, la courbe d’apprentissage de l’intégration du digital learning progresse lentement au début alors que parallèlement les besoins de ressources digitales explosent. Donc il faut trouver le moyen de phaser les deux impératifs. Certaines entreprises le font bien et de différentes façons, par exemple en achetant des contenus fondamentaux sur étagère à des éditeurs externes et parallèlement en développant en interne les ressources digitales relatives à leur cœur de métier. Précisément là ou les acteurs de l’entreprise peuvent apporter de la valeur ajoutée.

Tu soulèves que la courbe d’appropriation du digital learning en interne peut être longue à décoller. Pourquoi ?

Parce que la transformation digitale bien réalisée dans une entreprise remet en question l’organisation de celle-ci de façon multidimensionnelle ; elle touche à la culture même. Cela implique l’engagement de nombreux acteurs internes qui doivent apprendre à travailler ensemble et à travailler autrement.

La principale difficulté à laquelle doivent faire face les experts et les concepteurs pédagogiques lorsqu’ils entrent dans un processus de conception de ressources digitales de formation, c’est de prioriser l’apprenant et non plus le contenu. Passer de la didactique à la pédagogie ou à l’andragogie pour les puristes. C’est un renversement de paradigme complet pour de nombreuses personnes. Depuis les années 1990, j’entends le mantra “mettre l’apprenant au centre du dispositif”… En 2020, je constate que ça commence à devenir une réalité, essentiellement grâce à l’avènement de dispositifs multimodaux réellement mis en place dans une optique de développement des compétences, centrées sur les apprenants (et non l’Apprenant).

Le digital est la main armée de ces dispositifs. Il apporte les outils mais également des postures différentes. Aujourd’hui, l’information est partout sur les réseaux internes ou externes de l’entreprise, donc le problème de la transmission parait dépassé. En revanche, parce que l’information est partout, il est essentiel de redonner du sens à ce qui est important. Il faut hiérarchiser, orienter, faire réfléchir, mettre en perspective et engager l’apprenant à être actif et créatif dans son parcours d’apprentissage.

Tu dis que le principal obstacle rencontré par les acteurs est essentiellement d’ordre culturel alors qu’on se serait attendu à des difficultés plutôt d’appropriation technique ?

Comme je le disais, le challenge est multidimensionnel et la dimension technique n’est pas en reste. Mais cette dimension est largement surmédiatisée car elle fait échos à des prérogatives commerciales. Nous sommes constamment matraqués par des messages commerciaux ou annonces marketing de la sortie de nouveaux outils permettant de créer et de diffuser des ressources digitales de plus en plus sophistiquées. Du coup nos clients qui ont les moyens d’investir dans ces outils ne savent pas quoi utiliser et nos clients qui n’ont pas ces outils considèrent qu’ils ne peuvent pas passer au digital. Dans les deux cas, cela peut générer de l’immobilisme.

Pour ma part j’ai toujours privilégié une approche un peu minimaliste, un peu “bushcraft” des outils de production digitale. Le “bushcaft” c’est l’art de vivre dans les bois en utilisant le minimum d’outils modernes et en ne s’appuyant que sur ce que propose l’environnement. Donc vous partez en forêt avec votre couteau suisse et puis vous faites avec. J’ai pu vérifier que cette approche pouvait être appliquée au monde de l’entreprise avec succès.

Quand j’arrive dans une organisation, j’essaie de faire avec l’existant et lorsqu’il faut investir dans des outils nouveaux, je préconise plutôt des outils abordables, flexibles, robustes, polyvalents et durables. Cela ouvre les possibles et permet aux acteurs de se mettre au travail. On arrête alors de parler du digital, on se met à le faire et ça devient passionnant. On arrête de fantasmer sur l’effet Wahou, qui est intéressant en marketing mais qui n’a aucun sens en pédagogie, pour créer des ressources de formation pertinentes, adaptées, utiles et proches des apprenants, voire les faire créer par les apprenants eux-mêmes.

Tous les outils les plus sophistiquées n’ont jamais remplacés jusqu’à ce jour le talent créatif et l’ingéniosité d’un bon concepteur. En revanche, quand un concepteur doit passer tout son temps à apprendre son outil de production, il devient un pro de l’outil mais il n’est plus un concepteur.

D’ailleurs, j’ai souvent pu constater que les dispositifs digitaux les plus sophistiqués et les plus innovants techniquement étaient les plus pauvres au niveau de la pédagogie proposée.

A l’instant, je disais qu’on devait prioriser les apprenants et non le contenu. De la même manière, j’estime qu’on doit prioriser les apprenants et non les outils. Par ailleurs, cette approche minimaliste s’accorde bien avec les impératifs écologiques du moment.

D’accord, alors c’est quoi le couteau suisse pour faire du digital dans l’entreprise aujourd’hui ?

Il n’y en n’a pas qu’un, et le meilleurs outil ce sera toujours celui que vous connaissez le mieux. C’est celui qui vous permet de concrétiser le mieux et le plus rapidement possible ce que vous avez dans la tête. C’est aussi celui qui vous permettra de travailler facilement avec les autres.

Donc en fonction de l’environnement de travail dans lequel on se situe, on va privilégier tel ou tel outil. En ce qui me concerne j’opère dans le monde de l’entreprise. Dans cet environnement, tout le monde ou presque dispose d’un outil qui est Microsoft Office. Il est rare que les acteurs de l’entreprise n’aient pas Powerpoint même s’ils ne savent pas toujours bien l’utiliser. Alors, je sais que Powerpoint est souvent décrié dans le monde de la formation, mais je pense que c’est la façon de l’utiliser plutôt que l’outil lui-même qui est en cause. Moi-même, quand j’ai découvert l’outil il y a quelques dizaines d’années et utilisant également à l’époque les outils du design graphique, j’ai eu du mal à prendre ce logiciel au sérieux. Mais progressivement ce soft a su monter en puissance pour arriver à une version qui aujourd’hui offre un nombre impressionnant de possibilités dans le domaine du digital learning.

Quelles sont ces possibilités ?

Une réponse exhaustive est difficile tant l’outil est riche et protéiforme, c’est d’ailleurs ce qu’on pourrait lui reprocher : il sait tout faire mais souvent de façon un peu grossière. En cela, il est un véritable couteau Suisse. Il peut être utilisé en présentiel, en classe virtuelle, en social learning mais aussi en production de ressources digitales. Dans ce dernier domaine, il bénéficie d’options d’import / export très riches, ce qui permet de créer à peu près tous les formats techno pédagogiques du digital learning, soit du e-reading, du vidéo-learning, de l’applicatif interactif, voire de la ressource mobile first si on le paramètre en fonction. Par ailleurs, les outils de design proposés sont nombreux et de plus en plus en phase avec la production de ressources en grand nombre. Bref les limites en termes de conception et de production sont très difficiles à atteindre. Et là je ne parle même pas de l’intégration de l’outil dans l’environnement Microsoft plus globale. On peut l’utiliser en réseau, individuellement ou de façon partagée…

Pas de limites à ce logiciel ?

Si bien sûr. Comme dit précédemment, il fait tout mais moins bien que des logiciels dédiés. Par exemple, pour faire du vidéo-learning, je vais avoir plus de possibilités et de facilités de postproduction avec Camtasia qu’avec Powerpoint. Et si la vidéo est mon cœur de métier, je vais utiliser Première et After Effects d’Adobe plutôt que Camtasia. Mais dans ce passage là, j’aurai changé de métier. Je ne suis plus concepteur, je ne suis plus expert d’un métier, je suis devenu un opérateur vidéo ou un motion designer. Donc ce qui est intéressant avec Powerpoint, c’est que je peux produire des contenus digitaux de qualité tout en restant dans mon cœur de métier.

Autre chose importante que Powerpoint ne prend pas (plus) en charge de façon native (ça reviendra peut-être), c’est la publication d’une présentation sous la forme d’un package SCORM pouvant être installée et reconnu par un LMS. Donc si vous souhaitez un retour statistique de l’activité réalisée par chaque apprenant, que ce soit un scoring ou un tracking, il va falloir passer la présentation Powerpoint à la moulinette proposée par d’autres éditeurs comme Articulate Presenter ou Ispring pour générer le package SCORM.

Donc pour toi la solution pour le digital learning, c’est Powerpoint ?

La réponse est à nuancer en fonction de la problématique utilisateur. Ce sera Powerpoint par exemple pour des experts métier, des formateurs occasionnels ou des concepteurs pédagogiques qui démarrent dans la fonction. Ce sera aussi Powerpoint pour des équipes hétérogènes dont les membres doivent créer ensemble des ressources. Ce sera Powerpoint enfin pour des organisations qui souhaitent garder la main sur la mise à jour de leurs ressources, etc. En revanche, si j’accompagne la création d’un studio de production digital dédié ou d’une agence e-learning, il est évident que je vais préconiser des outils plus musclés comme Articulate 360, Adobe Captivate ou la Creative cloud d’Adobe, voire Framemaker auquel je reste historiquement très attaché pour la création de contenu en gros volumes.

Mais pour finir sur ce que j’appelle souvent la quincaillerie, j’insiste sur le fait que la qualité d’une ressource est rarement le fait unique de la performance d’un outil auteur. C’est le plus souvent sa pertinence par rapport à un contexte de formation et notamment par rapport aux attentes et besoins des apprenants qui fera son succès. C’est enfoncer des portes ouvertes que de rappeler que la qualité se joue avant tout dans une formule contractuelle, et dans le domaine de l’édition pédagogique digitale, c’est une formule contractuelle entre la ressource digitale et l’apprenant. Vous pouvez avoir des ressources formellement très bien faites qui vont passer totalement inaperçues auprès des apprenants et même être rejetées par eux et inversement des ressources d’apparence anodines qui vont frapper les esprits et faire avancer les apprenants dans leur apprentissage.

Contactez Samia Ouari – samiaouari@c-campus.fr pour vous inscrire aux parcours inter entreprise animés par Yann Bonizec et Jacques Rodet dans notre espace pédagogique C-Campus My learning Home.

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