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E-Learning, MOOC, FEST… et la question du temps en formation

Marc Dennery, 28 mars 2016

Les nouveaux formats de formation se multiplient. Le stage avec son unité de lieu, de temps et d’action n’est plus le seul cadre de référence pédagogique. A côté de lui, d’autres formats émergent qu’ils soient orientés vers la digitalisation (MOOC, COOC, SPOC, blended learning…) ou les apprentissages en situation de travail (tutorat, mentorat, FEST ou Formation En Situation de Travail…). Analysant ces nouveaux formats pédagogiques, nous pouvons distinguer trois grandes catégories de temps de formation : « le temps contraint », « le temps contractualisé » et « le temps intégré ». Cette évolution des temps de formation interroge. Qui doit les prendre en charge ? Comment les organiser ? Quelles solutions techno pédagogiques sont à privilégier ?

Formats pédagogiques et catégories spatio-temporelles pédagogiques

Les techno-pédagogies ne portent pas en elles-mêmes une organisation à la fois spatiale et temporelle de la formation. Le e-learning peut être utilisé en présentiel comme à distance. Les réseaux sociaux peuvent être pratiqués au poste de travail comme de chez soi, etc. Cependant, en analysant à travers différents critères (lieux, délimitation du temps, type d’encadrement pédagogique, etc.), nous pouvons regrouper les principaux formats pédagogiques par grandes catégories spatio-temporelles pédagogiques comme l’illustre le tableau ci-dessous :

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Trois grandes familles d’espaces et de temps en formation…

1) Le temps contraint dans la salle de formation

C’est le temps du stage ou parcours long en présentiel. Celui que l’on a toujours connu et qui tend à s’éroder. C’est le temps pédagogique encadré où même si l’on n’écoute pas, on peut faire acte de présence. C’est le temps facile à mesurer. Celui qui rassure les financeurs (« l’attestation de présence faisant foi »).

Mais c’est aussi un espace-temps qui fonctionne de moins en moins avec les nouvelles générations (« pourquoi me déplacerais-je pour me former ? ») et avec les nouvelles techno pédagogies qui se fondent sur une approche « ATAWADAC » (« apprendre AnyTime, Anywhere, AnyDevice, AnyContent »).

C’est enfin un espace-temps très onéreux qui nécessite des salles de formation, des personnes pour les entretenir et d’autres pour convoquer des stagiaires, enregistrer des feuilles de présence, gérer des factures pour chaque session…

2) Le temps contractualisé dans un tiers lieu de formation

C’est un temps déjà plus libre qui conserve cependant une intention pédagogique institutionnelle. L’organisme de formation planifie ou plus exactement rythme le temps pédagogique. C’est par exemple le cas du MOOC et du blended learning ou encore du E-learning « poussé » par l’entreprise (« logique push »). C’est aussi, dans une certaine mesure, le cas des cours du soir ou des cours par correspondance de type CNED. L’espace-temps formation est en partie contraint, en partie au choix de l’apprenant qui peut plus ou moins réviser son examen.

Il peut être qualifié de « contractualisé » car le plus souvent, il fait l’objet d’un protocole individuel de formation (ou PIF) pour en faciliter la prise en charge. Ce PIF est en quelque sorte un contrat entre l’organisme de formation, le tuteur et l’apprenant.

Nous parlons de tiers lieu formation, car il ne s’agit ni exclusivement d’un lieu de formation, ni seulement d’un lieu de travail. Les révisions, les approfondissements, la consultation de modules de digital learning… peuvent se faire en tout lieu : dans les transports, chez soi, dans sa voiture avant un rendez-vous client ou une intervention… Cela a toujours existé : rappelons-nous les cassettes d’apprentissages des langues que l’on mettait dans notre auto radio ! Les smartphones et autres tablettes et liseuses électroniques les ont simplement généralisé.

3) Le temps intégré dans poste de travail élargi

C’est le temps des apprentissages professionnels informels ou de la formation en situation de travail. J’apprends en partageant avec mes pairs, en testant dans mon travail de nouvelles façons de faire, en analysant mes pratiques, en faisant de la veille, en participant à des réseaux sociaux, etc.

Ce temps est intimement lié au temps de travail, mais il peut le dépasser : quand je lis un livre ou consulte un site dans les transports en commun ou quand je fais de la veille sur ma tablette tout en regardant la TV le soir, je me forme. C’est pourquoi, nous parlons de poste de travail élargi.

C’est un temps cadencé par le manager. C’est lui qui est au coeur de l’organisation de l’apprentissage. C’est lui aussi qui en retire les principaux bénéfices.

… et de nombreuses questions

La multiplication des catégories spatio-temporelles pédagogiques soulèvent de nombreuses questions. Nous en avons retenu trois principales.

Qui doit prendre en charge le temps de formation ?

La réponse à cette question est fonction de la représentation que l’on a de la responsabilité du développement des compétences. Si on estime que le capital compétence d’un collaborateur est de la responsabilité de l’entreprise, le temps de formation doit être pris en charge par l’entreprise et / ou son assureur (l’OPCA ou le FONGECIF). Si à l’inverse, vous estimez qu’il est du ressort de chacun de développer son propre capital de compétences, il revient au collaborateur de se l’auto-financer (c’est-à-dire de se former sur son temps libre).

Avec l’obligation d’adaptation au poste de travail, puis l’obligation de maintien dans l’emploi, le cadre juridique fait pencher pour une prise en charge par l’entreprise. Mais les nouvelles techno pédagogies et la crise du marché du travail font émerger de nouveaux comportements notamment chez les cadres et techniciens supérieurs souhaitant évoluer ou à tout le moins préserver leur emploi.

Le débat est loin d’être tranché. Les entreprises qui souhaiteront généraliser les nouveaux formats pédagogiques ne pourront pas faire l’économie d’une (re)négociation sociale sérieuse autour de ces questions. Le paradigme du plan de formation des années 1970 est attaqué de toutes parts. Un nouveau pacte social est à bâtir autour de la formation. En échange d’une prise en charge accrue par le salarié de son capital compétence, les entreprises devront reconnaître à la fois les efforts et les acquis de formation. La solution dépend maintenant des DRH. Iront-ils jusqu’à « payer » l’accroissement validé des compétences. C’est l’équation de la réforme : « DIGITALISATION + FEST + CERTIFICATION => RECONNAISSANCE sonnante et trébuchante ».

Comment organiser de nouveaux espaces temps formation ?

La capacité à gérer son temps d’apprentissage dans un équilibre vie pro / vie perso va devenir une compétence indispensable. Or, cette capacité est loin d’être partagée par tous. Pour éviter toute « fracture pédagogique », le management doit se ré-approprier la mission de développement des apprentissages. Il lui revient la charge d’organiser des Espaces-Temps Formation (ETF) intégrés dans l’organisation du travail.

Qu’est-ce qu’un ETF ? C’est à la fois un temps et un espace au cours de la journée, de la semaine ou du mois de travail dédié à la formation. C’est un rituel pédagogique d’équipe qui permet d’apprendre ensemble ou seul. Cela a été rendu célèbre par Google, mais d’autres entreprises l’avaient fait avant elle (SFR par exemple dès la fin des années 1990 dans ses centres d’appels). Aujourd’hui, cela est très prisé par les start-up (voir par exemple les déjeuners du vendredi de 360Learning).

Quelles solutions techno-pédagogiques ?

Une formation ATAWADAC (cf. plus haut) pose la question à la fois des plateformes de diffusion et des terminaux d’accès. Les plateformes classiques de type LMS ou LCMS accessibles de son ordinateur sont-elles les mieux adaptées quand le cadre spatio-temporel de la formation explose ? Nous en doutons. L’avenir est probablement aux portails de formation accessibles de son mobile. C’est-à-dire une sorte d’hybride entre réseau social, site de contenu, aide en ligne et plateforme d’auto formation, comme peut l’être par exemple le CAMPUS FORMATEUR que nous avons développé pour la communauté des formateurs et chefs de projet de formation.

 

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