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L’attention sélective, un outil anti déconcentration en formation ?

À l’époque des “distracteurs” (ordinateurs, smartphones, notifications permanentes…), maintenir l’attention des apprenants en formation est un défi pour les formateurs ! Nous en avions déjà parlé dans cet article sur la perte d’attention. Aujourd’hui on s’intéresse aux travaux de Jean-Philippe Lachaux sur l’attention sélective, qui nous inspirent des “remèdes pédagogiques” pour aider nos apprenants à conserver un niveau suffisant d’attention, lorsque c’est nécessaire. 

Jean-Philippe Lachaux, Directeur de recherches INSERM et spécialiste en neurosciences, a exploré comment le cerveau peut se concentrer dans un environnement saturé de “distractions”. Ses travaux montrent que l’attention sélective (volontaire) n’est pas une capacité unique, mais un processus filtrant les informations pertinentes et mettant de côté, quand c’est nécessaire, les distractions. Pour lui, diriger son attention, ça s’apprend !

Quels risques en formation ?

Le décrochage de l’attention est flagrant quand un apprenant consulte son smartphone sur un plateau technique, en exécutant en même temps des gestes potentiellement dangereux. Ou quand un autre utilise son ordinateur, non pas pour “saisir votre cours” mais pour traiter en douce ses e-mails ou notifs

L’attention est-elle un “trésor menacé” ? C’est une question posée par le Professeur émérite Philippe Carré, qui rappelle dans son ouvrage récent l’efficacité pédagogique en formation d’adultes, que “l’attention précède les autres fonctions cognitives”. L’attention est un préalable à la concentration (on y vient…) et elle reste indispensable à la mémorisation ! Or on sait aussi que l’attention est limitée, coûteuse en “énergie du cerveau”, contextuelle et fortement dépendante du sens, de l’action ou de l’apprentissage…

Y-a-t-il vraiment un problème d’attention et de concentration, en général ?

Les nombreux spécialistes ne sont pas d’accord entre-eux sur la baisse de concentration de la population. Certains s’alarment : “on ne sait plus se concentrer !” D’autres rassurent en sortant des études en laboratoires “la capacité de concentration n’a pas bougé depuis les années 60“. Enfin certains positivent le “zapping” : “sauter très rapidement d’une tâche à une autre, c’est un sacré avantage cognitif dans le monde moderne”.

En fait, ça dépend des moments ! Dans la vraie vie, on ne peut pas toujours être en mode “pilote de chasse en combat aérien dogfight” ou en “gaming” (là, c’est bien de “zapper son attention” très vite). Et on ne peut pas non plus tout le temps être sur le mode “pianiste de niveau maître” (capable de se concentrer sur son art pendant un récital !)

En tous cas, l’ancrage de nouveaux apprentissages nécessite bien d’être attentif et de se concentrer aux moments clés de la formation. Inversement, une perte d’attention à ces moments clés entraîne aussi des problèmes :

  • Difficulté à finir les TP ou exercices, même concrets ou pratiques et quand c’est fini, c’est vite fait et bâclé…
  • Oubli de ce qu’on vient de dire d’important juste avant (mémoire dite de poisson rouge : environ 9 secondes…),
  • Désorganisation du groupe (entre ceux qui s’accrochent, ceux qui tiennent et ceux qui ont décroché dès le début),
  • Baisse de créativité des apprenants (même si on leur propose un super brainstorming),
  • Diminution du niveau d’engagement en formation, au fur et à mesure de la journée,
  • Mauvais transfert pédagogique.

Un modèle étayé et simple pour travailler l’attention sélective !

Lachaux n’a pas sorti son modèle de son chapeau (si on peut dire) : il a procédé à des enregistrements intra-cérébraux chez des patients. Il a montré que l’engagement attentionnel (l’énergie qu’on met à être attentif) est quantifiable :  par certaines “ondes” observées dans le cerveau, au moment où celui-ci est concentré.

Il a découvert l’existence de “marqueurs neurophysiologiques” de “l’attention sélective”, celle qu’on engage par exemple dans une tâche de mémorisation.

Pour vulgariser ses travaux, Lachaux a modélisé le “PIM” – Perception – Intention- Mise en action, décrivant le processus que l’on peut actionner dans notre cerveau, pour arbitrer les différentes sollicitations internes et externes. Ça peut être un bon outil à certains moments d’une formation ! Mais pas toujours, car c’est fatiguant du point de vue cognitif et pas toujours indiqué : parfois en formation, il faut être dans l’émotion, la réaction ou le lâcher-prise !

Exemple : Comment pratiquer le PIM dans le bruit d’un hall de gare ? 1. Perception de mon environnement : “c’est le bazar ici, je dois me mettre dans une bulle attentionnelle” 2. Intention : “je dois produire mon rapport de synthèse car mon formateur l’attend.”3. Mise en action : “je me concentre sur mon écran d’ordi (regard, corps), je ferme mes écoutilles (pods dans les oreilles avec musique classique ou de jazz), je produis, en oubliant volontairement mon environnement”.

Des outils pour les formateurs : en salle, à distance, au poste de travail, en tutorat…

Tout ce qu’on va maintenant vous présenter, est destiné à aider nos apprenants à conserver un bon niveau d’attention sélective, dans des phases clés de formation. Bien entendu, il faut que nos apprenants aient trouvé leur intérêt ou du sens à se former…et pratiquent quelque part le PIM…

En salle, comment aider nos apprenants ? 

Voici quelques astuces :

  1. Privilégier des séquences courtes et rythmées alternant brefs apports, activités pratiques et phases de recentrage ou réflexives.
  2. Mettre en place des « bulles attentionnelles » : des pauses, comme dans les temps morts au Basket, des moments sans sollicitation numérique (on coupe nos écrans, le vidéo-projecteur, nos smartphones), pour favoriser l’attention profonde, on dessine un schéma au paper board pour remobiliser l’attention du groupe, en se positionnant tous debout, par exemple.
  3. Utiliser des supports visuels dépouillés ou minimalistes (le fameux regard orienté dont on parle plus haut), on limite ainsi le “bruit”, la dispersion des informations et on privilégie alors à l’oral et en visu, le “signal” : des consignes explicites et simples des travaux à réaliser, selon le principe du “focus”.

Vous souhaitez découvrir des nouvelles techniques pédagogiques réellement actives et interactives, pour conserver l’attention et l’engagement de vos apprenant ? Commandez notre jeu de cartes La Pédagothèque 1. Il présente de façon détaillée 33 techniques pédagogiques classées selon la logique de notre modèle EDRACT de scénarisation pédagogique. Plus d’un millier de formateurs l’utilisent déjà… edition@c-campus.fr.

En formation à distance, type classe virtuelle…  

  1. Découper les sessions virtuelles en modules courts (10-15 min maximum) et changer régulièrement de mode d’animation, afin de stimuler la capacité attentionnelle.
  2. Installer des routines attentionnelles : rituels d’entrée/sortie de session virtuelle (on lève la main, on éteint et rallume la caméra) et pour le formateur, donner des rappels explicites des objectifs à chaque étape. C’est aussi un truc des gens de radio (reformulations, explicitation) pour remobiliser l’attention des auditeurs.
  3. Activer l’attention par des outils ludopédagogiques (quiz dynamiques, ice breakers centrés sur l’observation ou l’écoute avec débriefing structurants rapides) permettant de “réinitialiser l’attention” avant une séquence un peu “costaude”, où les apprenants vont être très sollicités mentalement.
  4. Demander à un participant de jouer le rôle d’alerteur attentionnel : typiquement la personne qui vous dit avoir tendance à décrocher vite en classe virtuelle. Son rôle est simple : jouer le “canari dans la mine” en signalant non pas le risque de coup de grisou mais qu’elle est en train de partir en vrille, en termes d’attention.

En formation, il faut distinguer le “bruit” et le “signal”. Le signal correspond aux informations réellement utiles à l’apprentissage, par ex. comprendre ce qui fait la maîtrise de la situation, les critères de réussite et d’erreur, etc. Le signal est sélectif, hiérarchisé et orienté compétence. Le bruit, c’est ce qui détourne l’attention de l’apprenant et parasite l’apprentissage : commentaires superflus du formateur, procédure incompréhensible, multi-tâches imposées, etc.

En tutorat ou formation au poste

  1. Utiliser la méthode A.D.A. d’observation active par l’apprenant, d’un collègue “modèle” (vous la retrouvez – entre autres- dans notre jeu de 32 cartes Formateur Terrain pour les tuteurs et formateurs terrain, soit 32 trucs et astuces pédagogiques), 
  2. Encourager l’usage du feedback immédiat après l’action, pour maintenir active, la boucle PIM,
  3. Introduire des moments de « narration d’action » : l’apprenant explique ce qu’il fait à voix haute, répond aux questions précises de son tuteur, ce qui favorise sa concentration et sa mémorisation. Chez C-Campus, on appelle ça la réflexivité en double piste, pendant l’action !

Bonus : des outils de mesure et…le secret de Novak Djokovic !

En bonus, voici 3 outils simples pour mesurer à un instant T, le niveau d’attention sélective de vos participants en formation :

  • Mesure rapide : un quiz à l’oral ou un micro-défi. Cela sollicite la capacité de vos apprenants à extraire l’essentiel, sous contrainte de temps. Si c’est globalement réussi, c’est plutôt bon signe en termes de niveau d’attention sélective. 
  • Répétition espacée : programmer des courts retours plusieurs fois au cours de la journée (à distance les uns des autres), de la part de vos apprenants, sur un concept clé. Cela favorise à la fois l’ancrage mémoriel et la « remise en bulle attentionnelle », pour paraphraser Lachaux. 
  • Auto-évaluation attentionnelle : à la fin d’une grande séquence de formation, demander à chaque apprenant d’auto-évaluer son niveau d’attention sur une échelle de 1 à 10. Un baromètre de l’attention du groupe ressort de la “moyenne des notes”. Ça vous permet de ré-activer l’attention si besoin ou de procéder à un accompagnement métacognitif.

 Vous n’êtes peut-être pas encore au niveau du champion Djokovic qui sait se convaincre que les acclamations du public sont pour lui et non pour son adversaire. Il a un contrôle incroyable de son attention et une capacité à se protéger des distractions, en orientant son esprit vers du positif !

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