La mode du FALC – Facile À Lire et à Comprendre – touche aussi le petit monde de la formation professionnelle ! Elle répond à de vrais besoins d’accessibilité, notamment pour des publics rencontrant des difficultés de compréhension, concentration et d’attention. Mais son extension à toutes les situations de formation nous paraît discutable !
Dans cet article, on va plutôt voir comment rendre les savoirs accessibles, sans tomber dans la caricature du tout simple, tout court, tout rapide, tout facile !
Un texte simplifié avec peu de mots, une vidéo de 30 secondes, une infographie avec trois pictos, un jeu de rôles très court, peuvent donner à nos apprenants une impression de compréhension. Mais cette « facilitation » est trompeuse : « je comprends quand je le vois » ne signifie pas : « je saurai m’en rappeler » et encore moins : « je vois comment l’utiliser dans ma situation de travail ».
Comprendre n’est pas apprendre !
Certains aficionados du FALC confondent quatre dimensions :
- L’accessibilité de l’information,
- Sa compréhension immédiate,
- Son apprentissage,
- Sa transformation en « compétences » sur le terrain.
Or ces 4 dimensions sont bien distinctes et elles ne sont pas toutes couvertes par le FALC ! Le FALC vise principalement les deux premières. Mais il ne garantit ni l’apprentissage durable ni, a fortiori, les compétences sur le terrain ! Si on creuse d’ailleurs par une vraie évaluation à froid des acquis et pas seulement par un QCM à chaud, il n’est pas certain qu’on mesurera les mêmes niveaux de compréhension et de mémorisation chez les apprenants !
Une certaine difficulté désirable est constitutive de l’apprentissage humain. Pas la difficulté inutile — jargon non défini, phrases absconses, diaporama illisible car hyper chargé, le formateur qui ne vulgarise pas, etc.. Plutôt la « bonne difficulté » : celle qui amène notre apprenant à « récupérer » une information qu’il a en mémoire récente, à distinguer 2 notions proches, à résoudre un problème en sous-groupe, à produire une réponse argumentée à une question-probléme, à expliciter son raisonnement, à se tromper à l’occasion d’un exercice puis à se corriger !
Le problème du FALC n’est pas qu’il soit simpliste ou démagogique ; c’est qu’on lui prête une efficacité pédagogique absolue, qu’il n’a pas forcément !
Ce qu’il faut simplifier et ce qu’il ne faut pas simplifier en formation ?
Le concept pédagogique de « difficultés désirables » met aussi en évidence le vrai travail d’accessibilité que doit réaliser le formateur : réduire les difficultés parasites qui vont perturber l’apprentissage, utiliser les difficultés « fécondes » qui vont amener l’apprenant à retenir et comprendre vraiment !
Dans le travail réel, c’est rarement « FALC » et l’IA change en plus la donne !
Dans beaucoup de métiers, le travail réel n’est justement pas « FALC ». Et apprendre à maîtriser le job, ça peut être long et exigeant. Le FALC se prend alors le mur de la complexité du travail !
Diagnostiquer une panne complexe, analyser une situation client ambiguë, se coordonner à plusieurs intervenants de métiers différents, conduire un essai expérimental en chimie, gérer une situation conflictuelle au sein d’une équipe, etc. : tout professionnel un tantinet sérieux sait bien qu’il doit apprendre à traiter de la complexité dans son travail et que la recette « facile à lire et à comprendre » ne marche pas à tous les coups !
À l’ère de l’IA, tomber dans l’obsession du FALC est une erreur fondamentale. Car plus l’IA va prendre en charge les tâches cognitives les plus simples et standardisées, plus la valeur ajoutée humaine se situera dans la gestion de la complexité. Plus les décisions à prendre deviendront complexe et plus on devra être capables de jouer avec des expertises multiples. « L’apprentissage de surface » comme on le nomme en psychologie des apprentissages aura de moins en moins de valeur.
L’idéologie de la facilité…
Le « facile à lire et à comprendre » c’est aussi l’arbre qui cache la forêt de l’idéologie de la facilité en formation ! Cette idéologie repose sur un raisonnement apparemment exact :
- Les apprenants lisent moins ou moins bien,
- Donc leur attention diminue,
- ils sont en fait surchargés d’informations,
- Donc il faut faire court – simple – visuel,
- Donc il faut proposer du contenu immédiatement compréhensible,
- Il faut donc faire du micro-learning, par exemple une seule info par jour,
- Il ne faut pas demander trop d’efforts à nos apprenants…
Chaque étape contient sa part de vérité. Mais l’enchaînement des causalités est contestable. Car à pousser la logique jusqu’au bout, on ne fait que renforcer le problème initial (la perte d’attention) en ne sollicitant pas la prise de recul et les efforts cognitifs (recherche, essai-erreur, confrontation à des idées contre-intuitives…). Certains thuriféraires du FALC pourrait finir par concevoir et animer des formations comme si l’objectif unique était de ne jamais faire décrocher un seul de leurs apprenants ! Et non plus de leur faire apprendre et appliquer des connaissances en situation de travail.
Mieux accompagner l’apprenant !
Pour un formateur, l’erreur consisterait aussi à croire qu’il n’existe que deux possibilités : rendre les contenus toujours plus faciles ou laisser les apprenants gérer leurs difficultés. Or il existe une troisième voie. Le formateur peut par exemple :
- rendre les consignes plus claires,
- fournir des exemples,
- décomposer temporairement une tâche,
- donner des indices,
- proposer un modèle,
- organiser des entraînements de difficulté progressive, comme un sparring partner en boxe,
- puis retirer progressivement ces aides ou carrément s’effacer, à mesure que ses apprenants progressent.
L’enjeu n’est donc pas de simplifier, mais de rendre les marches progressivement « franchissables » pour les apprenants !
Le métier de formateur, c’est de permettre à chacun de réussir progressivement ce qu’il ne savait pas faire auparavant.
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Le vrai sujet, ça reste l’activité de l’apprenant, pendant et après la formation
En fait, l’idéal dans toute formation serait de mixer 2 approches complémentaires :
- Une pédagogie de la réception, en la simplifiant si besoin et surtout en l’adaptant à notre public (et à ce qu’il sait déjà avant la formation) : lire, regarder, écouter, comprendre, etc.
- Une pédagogie de l’activité : chercher, expliquer, récupérer en mémoire, résoudre, appliquer, jouer, analyser, etc. qui aidera l’apprenant à transférer, de retour au travail
Attention : ces deux approches sont bien complémentaires : selon les individus, on peut être très actif intellectuellement en écoutant une explication de plusieurs minutes, comme on peut être peu engagé cognitivement dans un jeu de rôles, pourtant sympathique !
La vraie question qu’on doit toujours se poser en tant que formateur – formatrice n’est pas (uniquement) de savoir si notre support est FALC. Il faut se demander ce que l’apprenant sera capable d’en faire après notre formation !
En guise de conclusion…
Notre vrai job de formateur, ce n’est pas de « pondre du FALC », c’est d’adapter nos formations au niveau réel des apprenants. Un pur débutant n’a pas les mêmes besoins qu’un professionnel expérimenté. Ce qui constitue une difficulté stimulante pour l’un, peut être un obstacle redoutable pour l’autre !
Et surtout, ne confondons pas simplification et accompagnement. On doit permettre à l’apprenant de gagner en autonomie et de se confronter progressivement, en l’accompagnant, aux difficultés du travail réel.
Le FALC a toute sa place lorsqu’il répond à un besoin d’accessibilité. Mais en faire la nouvelle panacée pédagogique, serait une erreur lourde de conséquences ! Plutôt que de viser seulement le FALC, concentrons-nous sur l’accompagnement pédagogique de qualité. Lui seul permet à un apprenant de traiter progressivement des concepts, des approches, des méthodes et techniques toujours plus complexes et ainsi l’amène non seulement à comprendre mais à apprendre et surtout à appliquer !
L’IA peut produire en quelques secondes des contenus faciles à lire et à comprendre. Donc la valeur ajoutée du formateur se situe ailleurs : permettre aux apprenants de penser, d’agir et de résoudre des problèmes qu’ils ne savaient pas traiter avant la formation !

