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Les 4 actifs d’un organisme de formation après la réforme

Traditionnellement les actifs immatériels d’un organisme de formation résidaient dans l’expertise de ses consultant-formateurs et la qualité de son portefeuille client. Sous le double effet de la transformation digitale et de l’évolution du cadre réglementaire, la valeur et la pérennité d’un organisme de formation semble s’évaluer dorénavant à travers 4 actifs immatériels principaux. C’est autant de défis à relever pour les organismes de formation et autant de critères de sélections pour les donneurs d’ordre.

Des références clients au référencement OPCA

La qualité du portefeuille-clients d’un organisme de formation a toujours eu et, a encore aujourd’hui, une valeur essentielle. Pour l’organisme de formation, il en va de sa pérennité. Pour les donneurs d’ordre, c’est un gage d’expérience et de qualité. Mais cela n’est plus suffisant. Les organismes de formation devront demain de surcroît maîtriser parfaitement la relation avec leurs OPCA. Cela signifie évidemment être enregistrés au data-dock et référencés par les OPCA, mais leurs offres devront être également retenues parmi les actions collectives des OPCA. Et leurs systèmes de gestion administrative parfaitement alignés sur les spécificités de chacun des financeurs.

Si elles veulent continuer à voir leurs formations co-financées, les entreprises ne pourront plus choisir librement leurs formations. Elles seront invitées à respecter les règles des financeurs. L’évolution ne va pas se faire en un jour. Et ceux qui crient aux loups en voyant le data-dock n’ont probablement pas compris grand chose. L’essentiel est à venir. Le temps de la petite épicerie fine est terminé, on va entrer progressivement dans l’ère de la grande distribution (avec ses avantages : standard de qualité, tarif compétitif et lisibilité de l’offre, et ses inconvénients : uniformisation de l’offre, faible niveau de sur-mesure…).

Des certifications, oui mais flexibles !

Deuxième actif à maîtriser : les certifications. Pour accéder aux fonds de la formation professionnelle, les formations réalisées doivent aboutir à une certification. Mais la certification ne doit pas remettre en cause le modèle agile des formations courtes et sur-mesures. Posséder un diplôme ou un titre n’a pas de valeur en soi pour un organisme. Encore faut-il qu’il soit capable d’organiser les épreuves de certifications à moindre coût avec un taux de réussite élevé.

Les entreprises attendent des organismes de formation qu’ils soient capables de leur proposer des « certifications flexibles », c’est-a-dire avec des parcours de formation prenant en compte les acquis des participants. Un titre nécessitant systématiquement des formations de 400 à  500 heures n’est pas forcément recherché car guère plus co-finançable qu’un stage de 4 à 5  jours. Les  70 heures de la période de professionnalisation et les 150 heures du CPF créent d’une certaine façon un nouveau standard pour évaluer la durée optimale des formations certifiantes.

Des plateformes de contenus de qualité

On entend très souvent : « cela ne sert plus à rien de maîtriser le contenu, le savoir est partout sur la toile ». C’est vrai, si vous intervenez sur des programmes génériques : les bases du français et des mathématiques, les fondamentaux du management ou du digital. Mais ce contenu-là n’entrent pas ou très peu dans les plans de formation des entreprises.

La formation professionnelle exige des contenus très pointus, très contextualisés. Les maîtriser, c’est être capable de se différencier sur son marché. Avant l’ère du digital, l’actif d’un organisme de formation résidait dans l’expertise de ses consultant-formateurs. Aujourd’hui, cette expertise doit être sur les plateformes. L’actif d’un organisme de formation dépend alors :

  1. de la richesse, de la qualité et de la pérennité des contenus digitalisés,
  2. de l’accessibilité de ces contenus et, par conséquent, de l’adaptation de la plateforme de digital Learning au contexte formatif
  3. de la capacité à mettre à jour et enrichir les contenus digitalisés non pas seulement par quelques experts, mais par les apprenants eux-mêmes afin d’en réduire les coûts.

Pour les entreprises, sélectionner un organisme qui détient déjà son offre digitalisée de contenu, c’est souvent le meilleur moyen de s’éviter de lourds investissements en production de contenus en propre.

Du formateur au médiateur pédagogique

Le formateur d’hier était un « passeur de savoir ». Lui, « Sachant », devait transmettre aux « Non-sachants ou Apprenants ». Mais si le savoir est sur des plateformes, à portée de clic, « l’expert-transmetteur d’information » n’a plus de valeur.

Le formateur devient un médiateur pédagogique, il fait le lien entre les problématiques d’apprentissage de l’apprenant et le savoir accessible. Son rôle est de l’amener à co-produire la connaissance. C’est un « flécheur » de savoir, un accompagnateur pédagogique (à ne pas confondre avec un tuteur qui trop souvent transmet encore du savoir !), un créateur des conditions favorables à l’apprentissage… Et tout ceci, il doit le faire le plus souvent à distance. Et dans tous les cas avec des outils digitaux : clickers, applis d’animation type Klaxoon ou Kahoot.

Cette évolution du rôle du formateur, risque d’être radicale. Etre capable de rassembler au sein de son organisme ces formateurs du 3ème type, à la fois expert (car il faut parfaitement connaître son domaine pour aider un apprenant en difficulté) et « médiateur pédagogique », n’est pas chose aisée. Cela devient un véritable actif pour l’organisme de formation et, pour les entreprises, un critère de sélection incontournable.

Marc Dennery

Marc Dennery