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Quelles sont les compétences incontournables d’un formateur en entreprise ?

Le métier de formateur en entreprise est fortement impacté, à la fois par l’introduction de l’IA et par l’évolution des usages de la formation. On ne se forme plus de la même façon qu’il y a une dizaine d’années et le formateur dispose d’outils de pilotage, de conception et d’animation, qu’il n’imaginait même pas avant la crise Covid.

En contact permanent avec les “formateurs” en entreprises (2.000 à 2.500 formateurs, tuteurs, référents et accompagnateurs AFEST formés chaque année depuis 10 ans !), nous ajustons régulièrement nos référentiels de compétences et de formation liés à ce “métier” (formateurs permanents) ou à ces missions (formateurs occasionnels).

Nous vous proposons de faire le point sur les compétences clés du formateur en situation de formation formelle. C’est-à-dire, celui ou celle qui pilote, conçoit ou anime des formations organisées en présentiel ou distanciel.

Nous aborderons ultérieurement dans un autre article, les missions du formateur terrain dit aussi “tuteur”, rôle allant du coach ou du mentor au poste de travail jusqu’au “référent AFEST”. Ces missions sont en train, elles aussi, de sensiblement évoluer, sous l’effet du passage à l’échelle de l’alternance intégrée et de l’AFEST. Une convergence des pratiques est en cours d’émergence au sein des entreprises.

Les 4 dimensions clés des compétences du “formateur en entreprise”

Les compétences de ce que l’on peut appeler improprement le “formateur en entreprise” s’articulent autour de 4 dimensions clés. Les 3 premières sont déjà anciennes, même si elles sont actuellement revisitées. Elles correspondent au triptyque classique de découpage des missions allant de l’ingénierie de formation à l’animation, en passant par l’ingénierie pédagogique. La 4ème est très récente. Et elles ne surprendra personne, puisqu’il s’agit de la compétence IA.

1- Les compétences de pilotage de projet, dites aussi “d’ingénierie de formation”

Ces compétences qui relèvent des missions de chef de projet de formation ou de responsable de formation sont probablement celles qui ont le moins évoluées ces dernières années. Elles n’en restent pas moins toujours aussi stratégiques. Car c’est à ce niveau d’ingénierie de formation que beaucoup de choses se jouent dans le résultat final d’une formation.

Bien analyser le contexte de travail et de formation, savoir organiser et planifier le projet de formation, mobiliser les acteurs pour assurer la bonne sélection des apprenants ainsi que les meilleures conditions du transfert des acquis ont toujours, et sont plus que jamais, essentielles dans des organisations du travail de plus en plus complexes, pour ne pas dire chaotiques.

Bien qu’on n’assiste pas actuellement à une révolution dans le domaine des compétences d’ingénierie de formation, l’évolution de la nature des formations les impacte partiellement. Hier, lorsque la formation se limitait à suivre des formations présentielles, gérer un projet de formation était bien plus simple qu’aujourd’hui. Avec le développement de la multimodalité (présentiel, distanciel, e-learning et surtout tutorat et AFEST), le chef de projet ne peut plus être qu’un simple “Homme-orchestre”. Il devient un véritable chef d’orchestre. Et pour prendre une image, il ne s’agit pas d’un petit orchestre baroque, mais d’un grand orchestre symphonique ! Il doit mobiliser parfois :  plusieurs commanditaires, toute la ligne managériale, des formateurs en salle ou à distance et des tuteurs au poste. Et aussi et surtout, il doit tout faire pour favoriser l’engagement des apprenants et parfois même des financeurs !

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2- Les compétences de conception de formation, dites aussi “d’ingénierie pédagogique”

Dans le domaine de la conception pédagogique, les transformations technologiques et d’usages de la formation ont un effet déterminant.

L’IA évidemment est une aide qui décuple les capacités de conception des ingénieurs pédagogiques ou des formateur-concepteurs. Nous y reviendront lorsque nous traiterons la quatrième dimension propre à l’IA.

Mais les transformations d’usage de la formation ont peut-être encore plus d’effets sur les pratiques de conception de formation. Dans une société où capter l’attention relève d’un défi majeur, le concepteur-formateur doit imaginer des produits de formation toujours plus attractifs et plus engageants.

La compétence de “scénarisation” de formation devient peut-être plus importante encore que celle de définition des objectifs pédagogiques. Celle de profilage des apprenants en amont probablement plus stratégique que celle d’évaluation en aval. Et paradoxalement, à l’ère où le savoir semble disponible d’un simple clic, savoir le rassembler, le structurer, le hiérarchiser en vue de le rendre le plus didactique possible, cela devient déterminant dans un processus de conception de formation.

PETITE PRÉCISION : les objectifs pédagogiques étaient un mantra pour les ingénieurs pédagogiques quand la formation restait emmurée dans sa salle de formation et que l’attention des apprenants restait facile à capter. Quand l’expérience apprenante se prolonge jusque dans le travail (AFEST / Tutorat / apprentissages entre pairs…), ce qui compte ce sont les “objectifs opérationnels” de la formation et leur scénarisation en étapes d’apprentissage. Voir à ce sujet notre article de présentation du modèle EDRACT© – cliquez ici.

3- Les compétences d’animation en formation

Pour beaucoup d’experts en formation, le changement majeur en animation est le passage à la formation à distance. Former via Teams, Zoom ou Meets, selon eux, changeraient beaucoup de chose. Ce n’est pas le point de vue des consultant-formateurs de C-Campus. Nous avons une très ancienne et très grande pratique de la formation à distance (nous avons formé en classe virtuelle dès la création de C-Campus en 2007 et depuis le Covid, nous réalisons plus de 70% de nos formations via cette technologie). Et selon nous, ce n’est pas le passage à distance qui a impacté le plus les pratiques d’animation mais la transformation des attentes des salariés à l’égard du formateur.

La classe virtuelle est une technologie facile à maîtriser pour le formateur car elle est devenue un outil de travail dans la suite Microsoft, comme le sera demain l’IA (déjà aujourd’hui ???). Animer à distance, ce n’est plus une compétence nouvelle. Elle est banalisée.

La formation à distance est juste révélatrice de la capacité du formateur à réaliser une formation réellement active et interactive. Disons-le franchement, “un formateur qui oralise l’écrit” comme le disait si bien Michel Serres, ça se voit plus en distanciel qu’en présentiel.

C’est pourquoi, la véritable transformation des compétences du formateur relève davantage de sa posture d’animation, que des outils et supports d’animation qu’il utilise. Le formateur est amené à exercer davantage des missions de facilitateur d’apprentissage que de transmetteurs de connaissances. C’est bien connu. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, car on touche à l’identité même du formateur.

Les compétences IA du formateur augmenté

Dans notre version 2026 du référentiel de compétences du formateur en entreprise, nous avons évidemment introduit l’IA. Mais cette introduction n’a pas été aussi “évidente” qu’on pourrait le croire. Nous nous sommes interrogés sur la place que l’IA est en train de prendre dans le domaine du pilotage, de la conception et de l’animation de formation. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’elle est à la fois prépondérante et secondaire.

  • L’IA est prépondérante, car elle s’immisce dans chacune des tâches du formateur en entreprise. Son apport est évident dans le domaine de l’ingénierie pédagogique (aide à la conception, simplification et accélération des processus de médiatisation, possibilités de profilage très fins des apprenants, etc.). Elle est encore en devenir pour ce qui concerne l’animation (mais l’IA socratique est pleine de promesses). Et concernant le pilotage de projet, l’IA va probablement permettre une personnalisation et une évaluation des compétences qu’aucune plateforme TMS ou LMS n’a jusqu’à présent pu atteindre.
  • L’IA est secondaire, car elle n’est qu’un outil au service du formateur en entreprise. L’IA permet d’augmenter les capacités pédagogiques du formateur en entreprise, mais en aucun cas elle ne peut le remplacer (nous ne dirions pas la même chose pour l’enseignement ou le formateur en école, mais c’est un autre sujet !).

C’est pour ces raisons que nous avons créé une quatrième dimension au référentiel de compétences du formateur en entreprise consacrée intégralement à l’IA. Elle comprend trois compétences qui nous apparaissent “clés” aujourd’hui, à savoir :

  • Capacité à saisir les opportunités de l’IA pour les métiers de la formation, mais également ses limites et ses risques,
  • Capacité à choisir les outils pertinents dans l’offre pléthorique de solutions concurrentes,
  • Capacité à intégrer l’IA dans les différentes cas d’usage de formation : pilotage, conception, animation, évaluation, gestion.

Mais nous savons pertinemment que ces compétences mises en exergue s’intègreront ou irrigueront toutes les compétences clés des 3 dimensions fondamentales du formateur en entreprise. Si bien que dans 2, 3 ou 5 ans, la compétence IA pour un formateur en entreprise relèvera de ce que nous disons aujourd’hui de Powerpoint ou de la classe virtuelle. Un “must have” comme on dit en franglais, et non plus d’une compétence distinctive.

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Marc Dennery

Marc Dennery